Halloween : Magie noire, cœurs de fœtus, plus de 500 victimes… Un serial killer médiéval terrorisait les campagnes alsaciennes

MONSTRES DE NOS VILLES (5/10) A l’occasion d’Halloween, « 20 Minutes » vous fait découvrir des tueurs ou des tueuses en série, des brûleurs de pied ou des ogresses des siècles passés qui ont sévi dans nos régions

Luc Sorgius
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La restitution des aveux et du supplice de Peter Niers dans l'ouvrage « Exilium melancholiae » de Louis Garon (1669)
La restitution des aveux et du supplice de Peter Niers dans l'ouvrage « Exilium melancholiae » de Louis Garon (1669) — Capture d'écran
  • 20 Minutes, on aime raconter des histoires qui font peur au coin du feu. Pour Halloween, on vous raconte les « Monstres de nos villes »Tueur de bergères, étrangleuse d’enfants, dépeceur de veuves, etc., ils ont jeté l’effroi de Toulouse à Lille et partout en France.
  • Au XVIe siècle, un tueur sanguinaire nommé Peter Niers sévissait en Alsace et en Allemagne. Avant son exécution en 1581, il a avoué avoir commis 544 meurtres.
  • Sa spécialité : arracher les fœtus sur des femmes enceintes pour se servir de leurs cœurs à des fins de magie noire.

Nous sommes en 1582, à Bâle en Suisse. Dans sa maison d’édition, Samuel Apiarius s’affaire à l’impression de « deux nouvelles actualités ». La taille de la typo ne fait aucun doute : le premier fait divers relaté est assurément celui qui va marquer les esprits. L'histoire « infâme, à fendre l'âme, de six bandits et d'un meurtrier ».

Dans sa brève, l’éditeur s’attarde sur ce « Peter Nirsch », qui aurait été jugé durant l’année écoulée en Alsace pour « plus de 300 meurtres ». Depuis plusieurs années déjà, les bruits les plus ignobles courent sur ce personnage. Certains accordent à ce tueur sanguinaire des pouvoirs surnaturels, comme la capacité à se métamorphoser ou à se rendre invisible.

Cannibalisme et rencontre avec le Diable

D’autres récits évoquent un cannibale, qui s’en prendrait plus spécifiquement aux femmes enceintes. Adepte de la magie noire, il aurait même reçu la bénédiction du Diable en personne, lors d’une réunion à Phalsbourg en Moselle.

Une certitude : il ne valait mieux pas croiser Peter Niers (l’orthographe française de son nom) et sa bande au creux du XVIe siècle. Avant de se forger cette réputation de mage noir, le bandit allemand s’est construit celle de criminel chevronné. Avec son gang, il écumait les routes du Saint Empire romain germanique, toujours en petit groupe, pour piller et tuer. Certains complices se feront d’ailleurs arrêter à Strasbourg.

Une sombre réputation

Ce n’est qu’en 1577 que l’histoire prend un tournant beaucoup plus sombre. Arrêté puis torturé à Gernsbach en Allemagne, à quelques kilomètres de la frontière alsacienne, Peter Niers avoue 75 crimes, comme l’indique l’historienne Joy Wiltenburg dans son ouvrage Crime et culture dans la jeune Allemagne moderne. Il parviendra toutefois à s’échapper avant de disparaître, laissant libre cours aux ballades les plus glauques sur ses méfaits.

Quelques mois plus tôt, un de ses acolytes avait confessé avoir aidé Niers à tuer une jeune femme de 20 ans. Le point de départ de sa sombre réputation ? En tout cas, après cet épisode, les rumeurs à ce sujet vont s’accentuer. Maître du déguisement, roi du camouflage, Peter Niers aurait en sa possession tout un attirail de matériaux magiques. Son ingrédient secret ? L’horreur ultime : des fœtus arrachés sur des femmes enceintes, dont il mangeait le cœur lors de ses incantations de magie noire.

544 meurtres, dont 24 fœtus

Son pacte avec le Diable va connaître une fin brutale. En 1581, après une quinzaine d’années à sévir, il est confondu dans la ville bavaroise de Neumarkt in der Oberpfalz. Parti se laver dans la maison de bains publics, il laisse son sac réputé magique à la taverne où il s’est établi. Reconnu par un témoin, il confirme son identité et ses nombreux meurtres après avoir été confronté au contenu de son sac : des mains coupées et plusieurs cœurs de fœtus.

Dans cette « période de torture permanente », selon Peter Andersen, professeur de littérature et d’histoire allemande ancienne à l’Université de Strasbourg, Peter Niers va être supplicié dans des proportions extrêmement cruelles. Il sera exécuté le 16 septembre 1581, frappé 42 fois par le supplice de la roue avant d’être démembré par écartèlement. Sous la torture, il confessera avoir commis 544 meurtres, dont ceux de 24 fœtus découpés sur des femmes enceintes.

Cinq siècles plus tard, ces chiffres sont-ils plausibles ? Peter Andersen nuance : « Les témoins de l’époque n’étaient pas aussi objectifs qu’aujourd’hui et il n’y avait pas d’avocat de la défense. Mais il y a eu des ballades sur lui, qui ont contribué à sa réputation. C’est avant tout un personnage historique et ça a vraiment existé. »

Malgré tous ses crimes, Peter Niers ne serait pas détenteur du record de victimes. Un autre serial killer allemand vivant à la même période le devancerait dans ce sinistre classement. Christman Genipperteinga, lui aussi exécuté en 1581, est réputé pour avoir commis pas moins de 964 meurtres.