Alsace : Une maison à colombages démontée et bientôt remontée un mètre plus loin

PATRIMOINE L'opération est rare mais pas nouvelle dans la région

Thibaut Gagnepain
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La vaste maison accueillera notament un local à vélo au rez-de-chaussée, et un appartement de 100 m² à l'étage.
La vaste maison accueillera notament un local à vélo au rez-de-chaussée, et un appartement de 100 m² à l'étage. — Groupe Boulle
  • A Oberschaeffolsheim, une petite ville à l’ouest de Strasbourg, une ancienne maison à colombages, typique d’Alsace, a été détruite… et sera bientôt reconstruite.
  • Pourquoi une telle opération ? Car l’ancienne ferme a été déplacée d’un mètre, de façon à élargir une impasse.
  • Avant d’être remonté, l’ensemble va être réhabilité, et des modifications structurelles seront effectuées.

Disparue et… bientôt réapparue ! Démontée l’an dernier à Oberschaeffolsheim (Bas-Rhin), une ancienne ferme alsacienne va retrouver sa place fin octobre. Enfin presque. L’historique bâtisse à pans de bois, qui date de 1753, sera reconstruite à un mètre de son ex-emplacement.

« Car nous avons dû élargir une impasse », justifie Christophe Boule, le maître d’ouvrage du chantier qui s’étend sur 32 ares. Sur cette vaste surface, son groupe, Boulle, va aussi construire un complexe de 25 logements. Le 26e, d’environ 100 m², sera situé à l’étage de la fameuse maison. « Les anciens propriétaires voulaient, en accord avec la mairie, que cette ferme soit préservée. Nous avons remporté le petit concours mis en place en proposant cette solution », rembobine le promoteur immobilier, ravi de « participer à la conservation du patrimoine ».

Le Domaine de l’Aubier accueillera 26 logements. Dont un dans la maison typique reconstruite (à droite).
Le Domaine de l’Aubier accueillera 26 logements. Dont un dans la maison typique reconstruite (à droite). - Groupe Boulle

A sa réhabilitation aussi puisque l’ensemble va être restauré. « Des poutres en mauvais état seront remplacées par d’autres, elles aussi anciennes. Pour les tuiles, c’est pareil, on va garder les typiques Biberschwanz encore bonnes et en ajouter d’autres trouvées à droite à gauche », détaille l’architecte Pascal Dossmann. La charpente, elle, sera complètement changée et, nouveauté, un noyau en brique et en béton servira de base à la structure en bois, qui viendra autour

« Nous faisons comme ça pour des raisons phoniques et coupe-feu », explique-t-il encore en assurant que cela ne se verra pas esthétiquement. « Peut-être mais ils auraient pu faire des murs chaux chanvre, qui assurent aussi une belle stabilité au feu. Je ne vois pas trop l’intérêt de venir utiliser de la brique ici », réagit Bernard Duhem, le président de l’Association pour la sauvegarde de la maison alsacienne (Asma).

« Avant, c’était commun de déplacer sa maison »

Que pense justement son association de cette déconstruction-reconstruction ? « On n’est pas opposé à cette démarche mais toujours dubitatif sur le sujet, répond l’architecte-ingénieur de formation. Disons que quand il n’y a pas d’autre solution, c’en est une bonne. »

Surtout que l’opération n’est pas nouvelle. « Avant, c’était même commun de déplacer sa maison. Elles sont conçues avec des pans de bois démontables. Toutes les poutres sont chevillées » assure Christophe Boule. « On est quasi certain que celle-là avait déjà été déplacée car on a retrouvé des pignons remontés à l’envers », prolonge Pascal Dossmann, dont l’agence va prochainement s’occuper d’une autre démolition-reconstruction de maison alsacienne à colombages. A Mommenheim cette fois. « Oui, ça se faisait déjà autrefois et je ne sais pas si ça s’est arrêté. C’est toujours moins mal qu’une destruction », conclut Bernard Duhem.