Strasbourg : « Les voitures rangées autrement » et le stationnement résident dans le collimateur

STATIONNEMENT La nouvelle stratégie du stationnement voulu par l’exécutif écologiste strasbourgeois, concernant notamment les résidents, sera débattue ce lundi en conseil municipal et fait déjà grincer des dents

Gilles Varela
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La maire de Strasbourg Jeanne Barseghian lors d'une déambulation dans la Neustadt montrant à la presse les difficultés des usagers de la voirie dans le quartier. Le 16 septembre 2021.
La maire de Strasbourg Jeanne Barseghian lors d'une déambulation dans la Neustadt montrant à la presse les difficultés des usagers de la voirie dans le quartier. Le 16 septembre 2021. — G. Varela / 20 Minutes
  • La ville de Strasbourg souhaite inciter les automobilistes à ne plus se garer, tant que possible, sur la voirie.
  • Objectif, réorganiser l’espace public afin de préparer la ville aux usages de déplacement et de vie de demain.
  • Moyen envisagé, doubler la tarification mensuelle accordée aux résidents, actuellement de 15 euros. La ville compte également optimiser les parkings privés et publics, les parkings relais.

Réorganiser l’occupation de la voie publique, élargir les trottoirs, sécuriser les pistes cyclables, optimiser les places de stationnement existantes… mais aussi doubler l’abonnement de stationnement mensuel du tarif résidentiel et étendre le périmètre payant dans d’autres quartiers de la ville. C’est, dans les très grandes lignes, la nouvelle stratégie de stationnement qui sera présentée ce lundi lors du conseil municipal avec le vote de deux délibérations. Conseil qui s’annonce déjà  très mouvementé, tant le projet fait grincer des dents.

La ville souhaite en effet inciter les Strasbourgeois à ne plus se garer, tant que possible, sur la voirie, mais bien à se diriger vers les parkings en ouvrage existants, publics ou privés. Ceux en périphérie immédiate du centre-ville comme les parkings relais, mais avec pour compensation des tarifs très attractifs et des services offerts, est-il promis. Des parkings relais pourraient même être construits si nécessaire.

Un autre partage de la voirie

L’idée est bien « d’améliorer le cadre de vie », de « rendre la ville facile » en « rangeant les voitures autrement », avance Pierre Ozenne, adjoint à la maire de Strasbourg en charge de la voirie et du stationnement. Cela se fera après avoir étudié « des solutions adaptées à chacun ». Une large période de concertation et d’explication de six mois est d’ailleurs prévue par l’exécutif strasbourgeois, une fois la délibération votée.

Un projet qui s’appuie sur les chiffres de l’Observatoire du stationnement. Ce dernier renseigne que sur les 11.000 abonnés résidents dans Strasbourg, un tiers ne bouge pas sa voiture de la journée. Des voitures ventouses en quelque sorte. « Le but n’est pas d’opposer les usagers, rassure la maire. Cela démontre que les propriétaires de voitures se déplacent autrement. A vélo, dans les transports en commun. Il faut donc réorganiser le stationnement, le penser autrement et l’adapter au monde d’aujourd’hui et de demain. »

« Une nouvelle étape dans la transformation de la ville »

« Ce qui se dessine, c’est une nouvelle étape dans la transformation de la ville », avance Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg. Cette stratégie est « une nouvelle pièce du puzzle avec plusieurs plans structurants comme le plan canopée, le plan vélo, piéton. Ce qui nous guide, c’est de rétablir l’équité dans la répartition de l’espace public », très dévolu à la voiture à près de 75 % dans certains quartiers, assure la maire. Premièrement concernés, le Neudorf, la Neustadt et la Montagne-Verte, secteurs très densément peuplés, où l’exécutif souhaite faire des aménagements afin de « répartir aux mieux les usages. »

Une stratégie du stationnement déjà très contestée

Un plan stationnement qui exaspère les automobilistes résidents rencontrés par 20 Minutes. Un abonnement mensuel qui passe de 15 à 30 euros, « en aucun cas au-delà » promet la maire, serait-il acceptable ? « 15 euros, je pensais que c’était un prix correct pour compenser un peu tous les inconvénients comme le remplacement des places par des arceaux à vélo, les sens interdits, les rues piétonnes éphémères… énumère un automobiliste. Mais si ça augmente, c’est se moquer des résidents. » Clara, la trentaine, ne fait pas partie des 40 % des automobilistes qui ont déjà un garage ou une place de parking privée à Strasbourg. C’est la sécurité dans la ville qui l’inquiète. Elle confie « avoir peur » d’être obligée de « marcher seule dans la rue pour aller récupérer sa voiture dans un parking, en pleine nuit où même très tôt le matin pour aller travailler ». Et cela même s’il est bien « rénové et éclairé ». Problème d’injustice aussi. « 30 euros, c’est un gros budget pour certains, moins que pour d’autres », explique un résident.

Un sentiment d’iniquité que partage le groupe socialiste « Faire Ensemble », présidé par Catherine Trautmann. Groupe qui regrette des délibérations « idéologiques dessinant une ville idéale, mais une ville idéale qui oublie qu’elle a des habitants », illustre la conseillère municipale Caroline Barrière. Une méthodologie jugée clivante, centrée sur l’automobile et pas sur l’habitant, mettant en opposition tous les usagers de l’espace public. Mais encore inégalitaire, qui toucherait particulièrement les plus modestes. Aussi, le groupe socialiste a déjà annoncé qu’il voterait contre cette délibération. Même sentiment d’iniquité du côté de l’opposition municipale qui fulmine. Pierre Jakubowicz (Agir) dénonce également un manque de concertation, et « une double peine » pour les automobilistes résidents. Mais aussi la crainte que Strasbourg ne devienne « la capitale de la vie compliquée. »

Le conseiller municipal Jean-Philippe Vetter (LR) a même lancé une pétition avec la conseillère d’Alsace Anne Tenenbaum. Une pétition qui atteint plus de 2.000 signatures reprochant à l’exécutif strasbourgeois de pénaliser les familles, les ménages aux budgets modestes, les personnes à mobilité réduite et les personnes âgées… La nouvelle stratégie du stationnement n’est pas encore détaillée qu’elle est déjà source de grandes discordes. Une ville facile ?