Alsace : La gourmette d'un soldat britannique mort en 1944 remise à sa famille

BELLE HISTOIRE Frederick Habgood était décédé au camp de concentration alsacien du Struthof

T.G. avec AFP
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Paul Habgood, le descendant de Frederick Habgood, avec Anna Bernard, qui a découvert la gourmette.
Paul Habgood, le descendant de Frederick Habgood, avec Anna Bernard, qui a découvert la gourmette. — FREDERICK FLORIN / AFP
  • La famille de Frederick Habgood s’est vue remettre, dimanche dans l’ancien camp de concentration du Struthof (Alsace), la gourmette de cet aviateur disparu en 1944.
  • De forme ovale, frappée des insignes de la Royal Air Force et portant le nom et le matricule du sergent, cette gourmette n’était pas une médaille réglementaire mais lui avait été remise en 1943 par des proches au Canada.
  • C’est Anna Bernard, une étudiante de 21 ans alors vacataire sur le site, qui l’avait exhumée en voulant récupérer un tuyau d’arrosage tombé dans la fosse.

Séquence émotion ce dimanche dans l'ancien camp de concentration du Struthof, en Alsace. A la cérémonie du souvenir annuelle, et devant 300 invités, la famille de Frederick Habgood s'est vue remettre la gourmette de cet aviateur britannique disparu en 1943. De forme ovale, frappée des insignes de la Royal Air Force britannique et portant le nom et le matricule du sergent, cette gourmette n'était pas une médaille réglementaire mais avait été remise au Britannique en 1943 par des proches au Canada. « Oncle Fred » s'y était formé en tant que navigateur, a raconté Paul Habgood.

Dans une lettre adressée à son oncle, Fred écrivait : « j'espère que je pourrai les revoir après la guerre ». Mais « cela ne devait jamais arriver », a sobrement relevé Paul Habgood. Pour les autorités britanniques, « oncle Fred » était même porté disparu, son corps n'ayant jamais été retrouvé. Mais en août 2018, miracle : la gourmette est découverte par hasard dans la fosse aux cendres du camp, lors de travaux d'entretien.

Son appareil faisait partie d'une centaine de bombardiers

C'est Anna Bernard, une étudiante de 21 ans alors vacataire sur le site, qui l'avait exhumée en voulant récupérer un tuyau d'arrosage tombé dans la fosse. « J'ai vu un petit bout de chaîne qui dépassait, j'ai tiré et ça ne sortait pas. J'ai tiré plus fort et je me suis retrouvée avec le bracelet dans la main », explique-t-elle. « Je me suis dit, "ça, c'est pas rien, il y a le nom, le matricule dessus », sourit Anna, qui signale immédiatement sa découverte. Le début des recherches qui permettront de localiser les descendants du sergent Habgood. « Je suis très émue » et « vraiment très contente que le bracelet puisse leur être restitué », confie Anna.

Né le 30 novembre 1922 à Londres, Frederick Habgood avait en fait survécu au crash de son avion, abattu par un Messerschmidt le 28 juillet 1943 vers Ottrott, près du Struthof. Son appareil faisait partie d'une centaine de bombardiers qui avaient décollé peu avant de plusieurs bases du Yorkshire pour pilonner les usines Bosch de Stuttgart, a expliqué Guillaume d'Andlau, le directeur du Centre européen du résistant déporté-Struthof.

« L'oubli est un danger mortel »

Frederick s'est caché pendant quelques jours mais, peut-être dénoncé, il est capturé par la Gestapo puis emprisonné au Struthof, où il fut pendu le 31 juillet 1944. La découverte de sa plaque dans la fosse aux cendres « apporte la preuve qu'il a bien été incinéré dans le crématoire du camp », a poursuivi Guillaume d'Andlau. « Au nom de la France, je souhaite au sergent Habgood un bon retour chez lui », a déclaré Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, qui a remis la gourmette aux proches du sergent défunt. « L'oubli est un danger mortel, oublier c'est trahir. Nous ne ferons jamais le cadeau de l'oubli aux bourreaux » et à ceux « qui, aujourd'hui encore, nient ou minimisent leurs crimes », a-t-elle poursuivi.

Unique camp de concentration situé en France, érigé en 1941 dans l'Alsace alors annexée au Reich hitlérien, le Struthof a interné environ 17.000 détenus et déportés de mai 1941 à septembre 1944. Il fut à la tête d'un réseau de 53 camps annexes voisins qui totalisèrent avec lui 50.000 emprisonnements et près de 20.000 morts et fut l'un des plus meurtriers du système nazi, hormis les camps d'extermination. Il abritait également une chambre à gaz où 86 Juifs et Juives furent tués. Le site, qui entame une important rénovation, accueille 200.000 visiteurs chaque année.