La Halde gagne du terrain, et à être connue

Philippe Wendling

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Dans un petit bureau de la maison de la justice et du droit de Cronenbourg, Daniel Fierobe recevra demain, comme chaque jeudi, des personnes estimant être victimes de comportements discriminatoires. Ancien directeur départemental du travail, il est, depuis avril 2008, le correspondant local de la Halde, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité.

En presque un an, cinquante-trois Bas-Rhinois sont venus chercher conseil auprès de lui, et cinq d'entre eux ont finalement saisi la Haute autorité. « Mon rôle est de les aider à constituer leur dossier », explique-t-il. Le problème est que faute de preuves et de témoignages, « les éléments ne sont pas toujours suffisants pour le faire », quand les requêtes ne sont pas « tout simplement farfelues ». « Une discrimination étant un délit, rappelle-t-il, elle répond à des critères précisés par la loi », parmi lesquels l'orientation sexuelle, le handicap et les convictions religieuses. Des distinctions aussi peu connues du grand public que semble l'être la Halde elle-même. Selon son président national, « les deux tiers des Français ignorent son existence ». La localisation de la permanence strasbourgeoise, au coeur de la Cité nucléaire, n'arrange peut-être pas la situation. « Nous réfléchissons à ouvrir un bureau plus central, confie Daniel Fierobe. En même temps, si nous ne sommes pas submergés, c'est aussi parce que dans la région, beaucoup d'associations oeuvrent déjà dans le domaine. »

Près des deux tiers des dossiers étudiés concernent le domaine de l'emploi, dont quatre font l'objet d'une instruction par les services centraux de la Halde, en vue d'une action en justice. « C'est le cas d'un homme qui s'est vu refuser un avancement de carrière en raison de son origine », explique Daniel Fierobe. Une discrimination raciale bien réelle, mais qui n'est pas spécifique à la région. En 2007, l'origine représentait 27 % des réclamations saisies nationalement par la Halde. « Comme tout territoire avec une identité forte, si on ne prend pas garde, l'Alsace peut être méfiante à l'égard de celles et ceux qui ne partage pas sa culture, explique le correspondant de la Halde. Mais cela ne se manifeste pas forcément vis-à-vis de l'étranger. » Si parmi ses affaires, neuf ont un lien avec l'origine des plaignants, huit, par exemple, ont trait à un problème de handicap, et cinq à une question d'âge. ■