Alsace : Un village cherche un éleveur pour défricher ses paysages

AGRICULTURE Un appel à candidature a été lancé mais rien n'a été simple pour en arriver jusque-là

Thibaut Gagnepain
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En Alsace, le village de Thannenkirch cherche un éleveur pour ses terres en friche — 20 Minutes
  • Un collectif de citoyens de Thannenkirch, en Alsace, cherche à attirer un éleveur pour s’occuper de 27 hectares de terres sur le ban communal.
  • Ces 27 hectares sont aujourd’hui en friche et ils souhaiteraient que l’agriculteur en question les exploite de nouveau. Pour de nombreuses raisons, comme le fait de redonner au paysage son ouverture d’antan, quand chaque famille cultivait sa petite parcelle.
  • Cette installation passera par la mise en place d’une association foncière pastorale (AFP), qui permet de groupes des parcelles de différents propriétaires. Mais lancer une AFP s’avère long et compliqué…

« Bienvenue dans la brousse. » Frédéric Lienard exagère un peu alors que les premières ronces et autres genêts apparaissent. Il y en a un peu partout, au milieu ou en lisière de ces grandes clairières qui bordent Thannenkirch, son village niché à près de 600 mètres d’altitude.

Le lieu, sur les hauteurs de la route des Vins d’Alsace et non loin du célèbre château du Haut-Koenigsbourg, est connu des touristes. Surtout des randonneurs et autres cyclistes qui se plaisent à affronter les chemins tortueux qui y mènent. Mais derrière la carte postale, la commune connaît aujourd’hui des soucis peu connus, liés à l’enfrichement.

« Les terres agricoles qui étaient exploitées il y a encore cinquante ans de façon plus ou moins familiales sont désormais abandonnées, ou presque », résume celui se présente comme « un citoyen concerné, écolo évidemment ». Avec une dizaine de personnes, Frédéric Lienard s’est surtout lancé depuis 2016 dans le projet de redonner à ses parcelles leurs destinations agricoles originelles. Et donc de stopper, ou au moins ralentir, cet enfrichement.

« Car il nuit au paysage, de plus en plus fermé. On n’a plus de vues ! Autre raison, la biodiversité, propre à chaque espace et qui se perd par endroits avec notamment des arbres fruitiers morts », détaille-t-il. Je pense aussi au réchauffement climatique. Un jour, nous serons forcément concernés par les feux de forêts et il n’est pas bon d’être encerclé comme ça. Enfin, ce serait quand même bien qu’un agriculteur produise de la nourriture ici, ça permettrait le développement de circuits courts. »

Plutôt un troupeau de moutons ou chèvres

L'éleveur en question, avec un troupeau plutôt de chèvres et de moutons au vu de la typographie de l’endroit, est recherché. Le 28 juillet, le collectif a lancé un appel à candidatures qui a déjà eu un certain écho. « On a reçu trois formulaires de manifestation d’intérêt », confirme Pauline Thomann, chargée de mission à l’association Terre de liens Alsace, qui épaule depuis le début le groupe de travail thannenkirchois. « Les personnes intéressées ont jusqu’au 31 octobre pour se faire connaître. »

Ensuite ? L’installation et l’exploitation ne se feront pas du jour au lendemain. Les initiateurs prévoient la création d’une association foncière pastorale (AFP). Le système existe déjà en Alsace et facilite un regroupement de terrains (et donc de détenteurs différents), permet à l’agriculteur d’avoir un unique interlocuteur et… d’obtenir des subventions pour le défrichage. Ici, ce sont 27 hectares de terres qui seraient concernés, ce qui représente « une centaine de comptes propriétaires, peut-être 150 personnes avec les indivisions ».

Le projet divise

Problème, tous ne sont pas d’accord avec la possible mise en place de cette AFP. En tout cas parmi ceux qui sont joignables « car de nombreux courriers nous sont déjà revenus, certains héritiers ne savent pas qu’ils ont ces terrains », explique Pauline Thomann. La mairie, elle, ne se prononce pas vraiment. « La commune soutient les objectifs d’ouverture des paysages, de sécurité vis-à-vis des feux et l’idée d’une venue d’un agriculteur », nuance l’édile Angélique Dieuaide. « Mais pour ce qui est des modalités, je ne peux rien dire. On a invité toutes les parties prenantes et on décidera ensuite. »

« Il y a trois cas parmi les réfractaires », éclaire Geneviève Witz, une habitante de Thannenkirch. « Les chasseurs ne veulent pas trop car le gibier aime bien les friches ; des propriétaires préféreraient eux garder leurs terrains car ils ont par exemple des chevaux ; enfin, d’autres, souvent âgés, n’ont pas trop compris les enjeux et ne veulent juste pas qu’on touche à leur bien. »

« C’est incroyable comme le paysage a pu se fermer »

Elle aussi en possession d’une parcelle d’un hectare concernée dans les 27 à exploiter, la sexagénaire ne voit que des avantages à cette AFP. « A mon âge, je n’ai plus la force pour la motofaucheuse ou la débroussailleuse… Que quelqu’un les exploite et qu’on puisse acheter ses produits, ce serait formidable. Ça ferait revivre le village et tout le monde serait gagnant. J’ai retrouvé l’autre jour une photo d’ici dans les années 50, c’était magnifique avec des vergers partout ! C’est incroyable comme le paysage a pu se fermer autant en soixante-dix ans… »

Une enquête publique, menée par les services de la préfecture, pourrait débuter dans les prochains mois. Si une majorité de propriétaires se prononcent pour – ceux qui ne répondent pas sont considérés comme d’accord-, l’AFP verra le jour. « On table sur un consensus, le but n’est pas de diviser », indique Frédéric Lienard. « Que les gens se rassurent, ils ne perdront pas leurs prés, ils pourront encore y aller cueillir des fruits, ramasser du fourrage, tout sera clair. » Comme, peut-être, le futur paysage autour de Thannenkirch.