GDF jugé, quatre ans après l'explosion

Philippe Wendling

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Il était près de 17 h ce dimanche 26 décembre 2004 quand une explosion dévasta le n° 12 de la rue de la Martre à Mulhouse et endommagea lourdement deux immeubles mitoyens. Des décombres du HLM de quatre étages, les secours extraient dix-sept corps et quinze blessés, dont deux sont décédés depuis. Parmi les victimes, âgées de 14 à 89 ans, sept membres d'une même famille.

Un peu plus de quatre ans après les faits, GDF comparaît à partir de ce matin devant le tribunal correctionnel de Mulhouse pour « homicides et blessures involontaires » et « destruction et détérioration de biens ». Il lui est reproché, en tant que personne morale, d'être responsable de l'explosion, que des experts attribuent à une fissure sur une canalisation en fonte grise.

Deux jours après le drame, Jean-François Cirelli, PDG du groupe, estimait « que Gaz de France n'est pas juridiquement responsable ». Une dizaine de jours plus tard, dans un communiqué, l'entreprise reconnaissait pourtant « l'existence d'une fente sur la canalisation située à proximité du 12, rue de la Martre ». Depuis, l'ensemble du réseau français en fonte grise a été démantelé. Ce week-end, Jean-François Cirelli a expliqué que si la canalisation n'avait pas été remplacée à l'époque, « ce n'est pas pour des raisons financières [...], mais parce qu'elle [...] a été oubliée. C'est une erreur tragique qui relève d'une responsabilité de l'entreprise. »

« Le procès va nous permettre de tourner une page, mais pas de faire le deuil », confiait samedi Jean-Pierre Moppert à 20 Minutes. Président de l'Association des victimes de la rue de la Martre, il représente une soixantaine des quelque cent vingt-huit parties civiles constituées contre le gazier. « Nous attendons que GDF reconnaisse tout le mal qu'il nous a fait en ne retirant pas plus tôt ce type de canalisations, poursuit-il. Mais nous aurions surtout voulu que les vrais responsables soient jugés, que les dirigeants, c'est-à-dire des personnes physiques, soient appelés à comparaître. » Un souhait que les juges mulhousiens n'ont pas estimé légitime, conformément à la loi sur les délits non intentionnels. Les avocats des victimes et des proches vont néanmoins tenter de faire comparaître trois anciens responsables de GDF en déposant une demande de citation directe. La fin du procès est prévue le 20 mars mais le jugement sera vraisemblablement mis en délibéré. ■