Strasbourg : Première en France, la « salle de shoot » accueille maintenant jour et nuit

SANTE Une dizaine d’hébergements ont été créés à côté de la salle de consommation à moindre risque et seront portés à vingt d’ici l’automne

Thibaut Gagnepain
— 
Une chambre au-dessus de la salle de consommation à moindre risque, à Strasbourg.
Une chambre au-dessus de la salle de consommation à moindre risque, à Strasbourg. — Association Ithaque
  • Inaugurée en 2016, la salle de consommation à moindre à risque (SCMR), appelée communément « salle de shoot », accueille entre 60 à 80 personnes chaque jour à Strasbourg.
  • Petite nouveauté, une dizaine de consommateurs peut maintenant loger sur place, de jour comme de nuit.
  • « Cet hébergement permet aux personnes d’entrer dans des parcours de soins et d’éviter une discrimination liée à leur addiction », se réjouit Adeline Jenner, de l’agence régionale de santé (ARS) du Grand-Est.

L’entrée est discrète. Un double portail le long du quai Ménachem-Taffel, à deux pas de l’Hôpital civil de Strasbourg. C’est ici, en novembre 2016, qu’une salle de consommation à moindre à risque (SCMR), communément appelée « salle de shoot », a vu le jour. La capitale alsacienne avait presque été pionnière, avec un petit mois de retard sur la première installée à Paris.

L'entrée de la salle de consommation à moindre risque, à Strasbourg.
L'entrée de la salle de consommation à moindre risque, à Strasbourg. - T. Gagnepain / 20 Minutes

Près de cinq ans plus tard, l’endroit est maintenant connu. Entre 60 à 80 personnes viennent, chaque après-midi de 13 à 19 heures, consommer sous la surveillance de deux professionnels, dont au moins un infirmier. « Depuis le début, nous avons 1.300 personnes différentes. Le public se renouvelle et il n’y a pas beaucoup de soucis, peut-être une quarantaine de surdoses, qui ont été gérées », explique à 20 Minutes Gauthier Waeckerle, directeur de l’association Ithaque, qui gère la salle. Et maintenant aussi… des chambres.

Car les travaux débutés fin 2019 sont désormais terminés et une dizaine de lits accessibles depuis le 7 juin. Six simples et deux doubles, tous situés au premier étage de ce grand bâtiment. « Cet hébergement permet aux personnes d’entrer dans des parcours de soins et d’éviter une discrimination liée à leur addiction », se réjouit Adeline Jenner, de l’agence régionale de santé (ARS) du Grand-Est.

« Des soins à domicile à des gens qui n’ont pas de domicile »

« On leur permet de se poser et d’apporter des soins à domicile à des gens qui n’ont pas de domicile », prolonge le responsable des lieux, en précisant que le recours au moindre stupéfiant est interdit dans les chambres. Mais pas ailleurs : la SCMR, appelée « Argos », reste désormais ouverte la nuit, exclusivement pour ceux qui dorment et peuvent aussi se nourrir gratuitement sur place.

Mais ne serait-ce pas là une manière de les pousser à consommer ? « Vous croyez qu’ils ont besoin de nous pour ça ? », répond du tac au tac Gauthier Waeckerle en insistant sur l’aspect préventif de la fameuse salle. « On est là pour temporiser les consommations, pas pour les encourager. »

Les critères pour avoir accès aux hébergements, avec cuisine et sanitaires en commun, sont clairs : être sans domicile « ou dans un hébergement précaire » ; être déjà utilisateur de la SCMR ; et « avoir un problème de santé nécessitant un suivi », précise le médecin Alexandre Feltz, adjoint à la maire de Strasbourg chargé de la santé en citant « par exemple une fracture ou une hépatite ». L’accueil est par ailleurs limité à deux, voire trois mois maximum, afin qu’il y ait une certaine rotation.

Au premier étage, huit chambres sont accessibles, six simples et deux doubles.
Au premier étage, huit chambres sont accessibles, six simples et deux doubles. - Association Ithaque

Le premier étage bientôt complet, les travaux au deuxième sont en cours. D’ici l’automne, une dizaine de places d’hébergements supplémentaires devrait voir le jour, et donc porter les capacités d’accueil à vingt lits. « C’est un dispositif expérimental qui sera évalué sur trois ans. L’idée, c’est que ça ne s’arrête pas à Strasbourg », précise encore Gauthier Waeckerlé avant de révéler le budget de fonctionnement du lieu : « environ 1,7 million d’euros, soit 120 euros par personne par nuit… Mais c’est loin du coût d’une journée à l’hôpital. »