Régionales dans le Grand-Est : Etendre la taxe poids lourds alsacienne à toute la région ? La question s’invite dans la campagne

POLITIQUE Face à l’expérimentation d’une taxe poids lourds, autorisée en Alsace, les candidats aux régionales appellent à ne pas la limiter aux seuls deux départements alsaciens mais à l’étendre à l’ensemble du Grand-Est

Gilles Varela

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Illustration camions sur l'autoroute. Strasbourg le 19 10 2010.
Illustration camions sur l'autoroute. Strasbourg le 19 10 2010. — G. VARELA / 20 MINUTES

Pas question de déporter le trafic routier vers la Lorraine et la Champagne-Ardenne . Les candidats aux élections régionales du Grand-Est se disent favorable à une extension de la taxe poids lourds, qui va être mise en place en Alsace, à ces deux départements, mais sous certaines conditions. Le sujet s’est invité dans la campagne des élections régionales après une ordonnance ministérielle prise fin mai qui permet à la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) la mise en place d’une taxe poids lourds sur son territoire.

Une décision saluée en Alsace mais qui inquiète aussi les départements limitrophes. L’actuel président de la région Grand-Est Jean Rottner (Plus forts ensemble) alerte sur un report mécanique sur les routes lorraines, « en particulier l’A31 déjà très encombrée » du transit international. « Nous ne devons surtout pas échanger un couloir à camion contre un autre ! » prévient l’élu. Soulignant que c’est la mise en place « d’une mesure équivalente chez nos voisins frontaliers » qui a « provoqué le report du trafic poids lourds des autoroutes allemandes vers les axes nord sud alsaciens et lorrains » , une taxe similaire limitée à l’Alsace « ne ferait que déplacer le problème », dénonce Jean Rottner.

Même constat chez les autres candidats. Brigitte Klinkert, actuellement ministre en charge de l’Insertion et candidate La Force de nos territoires, souhaite également rétablir l’équilibre du trafic des deux côtés de la frontière rappelant qu’il « s’agit d’un enjeu environnemental, de sécurité routière et de santé publique (…) et pour les acteurs économiques locaux. »

Une extension de compétence pour les régions qui est de toute façon en discussion dans le projet de loi « climat et résilience », actuellement examiné par le Parlement. Il s’agirait donc là «d’un problème» de calendrier. Une décision prise « en pleine campagne électorale » ironise la candidate écologiste Eliane Romani qui rappelle que l’écotaxe a depuis toujours été demandée par les écologistes avec l’espoir de reporter le transit routier sur sur le ferroviaire et le fluvial.

Cette taxe pourrait même servir à financer la gratuité dans les trains régionaux, indique sur son site Internet la candidate socialiste Aurélie Filippetti (L’Appel inédit). «Or la CEA n’a pas compétence sur les TER, s’indigne la candidate. C’est absurde écologiquement et injuste pour la Lorraine et la Champagne-Ardenne. » Sa seule mise en place en Alsace serait, « pas vu d’un bon œil par les Lorrains, souligne Eliane Romani. Mais il y a cette opportunité de se saisir de cette compétence et de la mettre en place sur toute la région » pointe l’écologiste.

Une taxe poids lourds, oui mais…

Cette mise en place ne peut toutefois s’envisager que dans une concertation étroite avec tous les acteurs économiques et surtout les transporteurs régionaux, soulignent avec plus ou moins de force les candidats. « Il faut les accompagner dans cette transition qui ne peut se faire à leurs dépens », souligne Brigitte Klinkert.

Laurent Jacobelli (RN) en fait même une condition sine qua non.  « Cela doit d’abord passer par une solution pour la Lorraine », explique le candidat.  Relevant l’importance « d’avoir des régions autonomes, il conditionne cette taxe à l’obtention « d’un mécanisme pour que les transporteurs routiers régionaux, français, n’aient pas à supporter le coût de cette écotaxe. Ils souffrent déjà d’une concurrence internationale que je qualifierais de déloyale, assure Laurent Jacobelli, avec des normes sécuritaires, de santé, de travail plus strictes que celles des pays de l’Est. Si en plus on doit leur faire payer une taxe, là, on les sacrifie. Donc il faut trouver une compensation. » Nul doute, le débat sur la taxe poids lourds roulera bien au-delà des élections régionales.