Une population de plus en plus diverse et fragilisée par la crise

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Coluche voulait voir disparaître rapidement les Restos du coeur faute de « clients ». Un rêve que les bénévoles ont encore un peu plus enterré cette année. Près de trois mois après l'ouverture de la campagne d'hiver, la demande d'aide alimentaire s'affole dans le Bas-Rhin. « Pour le moment, l'augmentation est de 8,7 %. Mais ce chiffre n'est qu'une moyenne. A Neudorf, nous sommes passés de 169 familles à 205 depuis cet hiver. Il n'y a jamais eu autant de monde », observe Gisèle Untersinger, présidente départementale des Restos. Depuis décembre, les 490 bénévoles ont vu arriver des salariés aux emplois précaires, des retraités aux faibles pensions et toujours autant de mères seules. « Avec la crise économique, les intérimaires et les CDD sont de plus en plus demandeurs. Ils ont été les premiers touchés par les réductions d'effectifs, et le RMI ne suffit plus pour vivre décemment », déplore Gisèle Untersinger.

Autre nouveau type de bénéficiaires : les familles surendettées. En règle générale, les Restos sont plutôt frileux à l'égard des familles nombreuses, qui touchent des allocations familiales. Mais cette année, beaucoup de centres font exception à la règle. « Nous sommes obligés d'accepter certains foyers fichés à la Banque de France. Les allocations ne suffisent plus pour survivre quand les familles doivent verser 200 euros chaque mois pour rembourser leurs dettes. Ceux-là, on sait qu'ils resteront chez nous quelque temps », explique la présidente départementale. Pour l'instant, les Restos du Bas-Rhin parviennent à faire face à cette augmentation. Le stock de nourriture est encore fourni et, malgré la crise, les particuliers continuent de donner. « La campagne d'hiver s'arrête fin mars-début avril, on verra cet été si la tendance se confirme, confie Gisèle Untersinger. Mais je ne suis pas très optimiste. » ■A. K.