« Sans les Restos du coeur, je perdrais pied »

Antoine Krempf

— 

Le local n'a pas pignon sur rue. Seuls ceux qui le fréquentent savent que ce discret bâtiment de briques de la Plaine des bouchers accueille les Restos du coeur. Dans la salle d'attente, ils sont une trentaine ce matin-là, jour de distribution pour les habitants du quartier de la gare et de Koenigshoffen. Silencieux, des hommes et des femmes, seuls ou avec des enfants, patientent en attendant d'être appelés selon leur ordre d'arrivée. Il est presque 10 h et Bernard, 50 ans, est déjà le 61e « client ». Ancien salarié « dans l'alimentaire », il est au chômage depuis un an. Il a dû se résigner à venir aux Restos depuis trois mois. « C'est un ami qui m'a conseillé de venir ici. Au début, je n'osais pas lever les yeux. Je me sentais rabaissé. Mais il faut bien manger. » Bernard touche 600 euros de chômage par mois. Une fois payé son loyer, il ne lui reste que 153 euros en poche, « pas assez pour remplir mon frigo et m'habiller », confie-t-il.

Depuis le début de la campagne d'hiver, le centre de la Meinau tourne à plein régime. Chaque mercredi, il accueille plus de deux cents personnes. Après avoir pointé, les demandeurs sont pris en charge individuellement par un bénévole. Le long des rayons, ils vont de cartons en cartons, tout en discutant. « On commence à en connaître certains, alors on parle un peu de tout pour tisser des liens. On donne quelques conseils pour la cuisine, on se renseigne sur l'évolution de leur situation ou sur la famille », explique Jacqueline, responsable du centre.

Chaque bénéficiaire des Restos peut se ravitailler pour une semaine à raison d'un peu moins d'un repas de 1 500 calories par jour. Pour les jeunes mères seules, l'association donne un petit coup de pouce supplémentaire. Cabas dans une main, poussette dans l'autre, Leïla, 21 ans, se fait guider dans les rayons par Aurélia, une bénévole. Les emplettes se font au pas de charge et selon les arrivages. « On fait vite parce qu'il y a du monde. Aujourd'hui, tu peux prendre des mi-bas, du pain, des sardines et des pâtes ou des raviolis. On a aussi des pommes qui viennent d'arriver du supermarché, de la confiture, des tomates et quelques barres de chocolat pour Ylian », explique Aurélia à la jeune mère. Leïla et son fils de 1 an viennent aux Restos depuis un mois. « Je ne m'en sortais plus avec l'allocation de parent isolé. Il faut acheter les couches, les lingettes : l'argent part vite avec un enfant. Sans les Restos, je perdrais pied. » C'est l'assistante sociale de la jeune femme qui lui a conseillé de s'y rendre, pour éviter de trop s'endetter après les courses de Noël. Dans le Bas-Rhin, c'est l'année des naissances pour les Restos : 320 au cours des douze derniers mois. « Leurs premiers biberons sont faits avec du lait de chez nous », regrette une bénévole. ■