Strasbourg : Pourquoi un graffeur a vu son projet de fresque en centre-ville être refusé

URBANISME Brunograffer est un artiste strasbourgeois au 1,4 million d’abonnés sur les réseaux sociaux. Il voulait rénover une façade à sa façon dans le centre-ville mais s’est heurté aux autorités

Thibaut Gagnepain

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La façade actuelle au 51, rue des Grandes Arcades, à Strasbourg (à gauche), et avec le projet de Bruno Bosse (à droite).
La façade actuelle au 51, rue des Grandes Arcades, à Strasbourg (à gauche), et avec le projet de Bruno Bosse (à droite). — Brunograffer
  • A Strasbourg, un artiste voulait recouvrir un mur délabré d’une fresque style art urbain.
  • Bruno Bosse, plus connu sous le nom de Brunograffer, a tenté de convaincre les Architectes de bâtiments de France, qui s’assurent de la sauvegarde du patrimoine. En vain.
  • Depuis, l’homme au 1,4 million de suiveurs sur TikTok, Instagram et YouTube se dit « dans l’impasse ». Mais ce n’est pas pour ça qu’il a renoncé ! Mi-mai, il a lancé une pétition afin de plaider sa cause.

L’hommage à Alain Bashung en est peut-être le symbole. A Strasbourg, l’œuvre signée Williann est visible depuis la très fréquentée place de l’Homme de Fer. La capitale alsacienne est friande d' art urbain. Dans toute la ville, le site spécialisé steetartmap.eu recense plus de 800 lieux où il est possible d’en admirer. Mais pas rue des Grandes Arcades. C’est justement sur l’une des façades du bâtiment situé au n°51 que Bruno Bosse, Brunograffer sur les réseaux sociaux, voulait mettre sa patte.

« J’ai eu l’idée il y a deux mois environ en passant dans la rue, quand j’ai vu ce grand mur dégueulasse. Je trouvais ça dommage en plein centre-ville », explique l’intéressé à propos d’un endroit très fréquenté. Soit juste à côté du supermarché Auchan, entre les places Kléber et Gutenberg.

L’artiste a alors tenté de se renseigner. Copropriétaires, agence immobilière qui gère le lieu, mairie… Jusqu’à être renvoyé en direction des Architectes des bâtiments de France (ABF​), une unité qui dépend de direction régionale des affaires culturelles Grand-Est (Drac). Pourquoi eux ? Car la fameuse façade de 65 m² se situe en plein cœur d’un secteur protégé. En clair, on ne peut pas y construire, rénover, aménager n’importe quoi. Toutes les règles sont d’ailleurs définies dans le plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV), un document d’urbanisme qui sert de référence.

Le projet de Brunograffer pour la façade du 51, rue des Grandes Arcades à Strasbourg
Le projet de Brunograffer pour la façade du 51, rue des Grandes Arcades à Strasbourg - Bruno Bosse

C’est donc aux ABF que Brunograffer a transmis son projet. Avec des esquisses de ce qu’il imaginait, soit un tableau abstrait très coloré, soit le même en noir et blanc. « C’était juste des esquisses, je voulais vraiment échanger et voir avec eux ce qu’ils étaient possibles de faire », détaille l’artiste, qui a depuis essuyé plusieurs refus. « Quand on m’a dit pas de peinture, j’ai accepté et j’ai proposé une toile tendue. Comme celle que l’on voit sur l'A35, pas loin de la Laiterie à Strasbourg. On m’a ensuite rappelé, proposé un rendez-vous début mai avant de me dire encore non, sans vraiment m’expliquer. »

Et pourquoi pas de la réalité augmentée ?

Depuis, l’homme au 1,4 million de suiveurs sur TikTok, Instagram et YouTube se dit « dans l’impasse ». Mais ce n’est pas pour ça qu’il a renoncé ! Mi-mai, il a lancé sur change.org une pétition afin de plaider sa cause. Elle avait recueilli près de 4.000 signatures ce week-end. « J’espère qu’elle permettra aux ABF de changer d’avis. Ça montre en tout cas que je ne suis pas le seul que ça intéresse de voir ce mur être refait. »

En cas de bonne nouvelle, il se dit prêt à se lancer. « Un de mes abonnés a proposé de me prêter une grue gratuitement, un autre de m’offrir la peinture. J’en aurais peut-être pour trois jours de travail », lance le natif de Haute-Savoie, 25 ans et jamais à court d’inspiration. « Sinon, on repeint le mur en blanc et on le décore en réalité augmentée. En le filmant, une œuvre apparaît et plein d’artistes peuvent participer ! » Voilà un autre projet sur lequel pourront se prononcer les Architectes des bâtiments de France. Sollicitée, la Drac attend toujours la validation de la Préfecture afin de répondre à 20 Minutes.