Alsace : « On est submergé par les produits asiatiques »... Les potiers d'Alsace veulent leur Indication géographique

ARTISANAT Cette Indication géographique (IG), équivalent de l'IGP dans l'alimentation, pourrait être attribuée d'ici cet été

Thibaut Gagnepain

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Des plats à Baeckeoffe.
Des plats à Baeckeoffe. — Poterie Siegfried-Burger
  • Qui n'a jamais vu de la poterie alsacienne ? Vous savez, avec parfois des cigognes, des fleurs, des marguerites etc.
  • Cette poterie alsacienne est parfois confondue avec des produits qui lui ressemblent et sont importés d'Asie.
  • Pour protéger leur savoir-faire et distinguer leurs produits de cette concurrence, les Potiers d'Alsace, réunis en association, ont monté un dossier afin d'obtenir une Indication géographique protégée (IGP). La réponse est attendue d'ici à cet été.

Des cigognes sur un fond bleu, des marguerites qui se mêlent à un arrière-plan rouge ou des fleurs bleues noyées dans le gris du grès… Difficile de passer outre la poterie alsacienne pour un visiteur de la région. Les plats, moules à Kougelhopf ou terrines à Baeckeoffe se trouvent dans de nombreuses boutiques. A des tarifs très variables, parfois du simple ou quadruple.

La raison ? Tous ne sont pas produits au nord du Bas-Rhin, majoritairement à Soufflenheim et Betschdorf. « Depuis une quinzaine d’années, on est submergé par les produits asiatiques, c’est de la concurrence déloyale », déplore Pierre Siegfried, qui a longtemps cherché une solution pour la contrer.

« Nous devrions avoir l’IG pour l’été »

Le président de l’association des Potiers d’Alsace, qui réunit 11 professionnels du secteur, pense l’avoir trouvée. Depuis décembre, un dossier de demande d’Indication géographique (IG) a été déposé auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi). Avec notamment des critères précis de fabrication, qui doit avoir lieu entre Bischwiller et Wissembourg.

« Nous sommes dans la phase d’enquête publique, qui va durer jusqu’au 26 mars. Après, il va se passer deux mois et nous devrions avoir l’IG pour l’été », espère l’artisan. Les poteries d’Alsace seraient alors reconnues comme un savoir-faire, au même titre que la porcelaine de Limoges ou le linge basque aujourd’hui.

Une nouvelle collection de poterie alsacienne.
Une nouvelle collection de poterie alsacienne. - Poterie Siegfried-Burger

Logo jaune et bleu

Dans les magasins, elles seraient alors ornées d’un logo noir et blanc, différent du célèbre jaune et bleu qui se retrouve lui sur de nombreux produits alimentaires, comme la choucroute. « Cette indication permettra de ne plus duper le consommateur. Si on se donne autant de mal et qu’on va avoir de nombreux contrôles, c’est uniquement pour ça. Les boutiques ne pourront plus mélanger nos poteries avec celles fabriquées en Asie. »

La carte de France des Indications géographiques en novembre 2020.
La carte de France des Indications géographiques en novembre 2020. - INPI

Ce n’est déjà plus le cas, à en croire un commerçant proche de la cathédrale de Strasbourg. « Sinon, on a une amende de la part de la répression des fraudes », explique-t-il, lui qui assure séparer distinctement les deux produits. « Et j’informe les clients que ce n’est pas la même chose, mais je ne peux pas les obliger à acheter Alsacien ! »

« Il faut des produits pour toutes les bourses »

Pour lui, l’éventuelle obtention du label ne devrait pas changer les habitudes des consommateurs. « D’abord car les potiers de Soufflenheim et Betschdorf ont eu du mal à se réinventer. Ils ne font pas certains articles, comme le porte-éponge par exemple, malgré nos demandes. Ensuite, parce qu’il faut des produits pour toutes les bourses. Pour un bol par exemple, c’est 9 euros contre 15 euros. J’aimerais bien ne vendre que de l’Alsacien mais mon commerce ne tournerait plus. »

Comme certains ateliers de poterie. « Il y a trois ans, six ont fermé, se souvient Pierre Siegfried. Là, un ou deux vont être en retraite et il n’y aura pas de suite… »