Strasbourg : Après plusieurs fermetures, faut-il s’inquiéter pour les commerces de la place Kléber ?

COMMERCES A Strasbourg, le nombre de fermetures de commerces se multiplie notamment sur l’emblématique place Kléber

Gilles Varela

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Fermeture définitive de commerces place Kléber à Strasbourg. Le 15 janvier 2020.
Fermeture définitive de commerces place Kléber à Strasbourg. Le 15 janvier 2020. — G. Varela / 20 Minutes
  • Plusieurs commerces du secteur de la place Kléber à Strasbourg ont ou vont fermer définitivement leurs portes.
  • A cela plusieurs raisons : crise sanitaire et économique, problèmes juridiques ou de succession, loyer trop cher.
  • Jusqu’à présent, Strasbourg avait l’un des meilleurs taux de vacance des commerces de France.

Il est 17h30 sur la place Kléber à Strasbourg et en ce début d’année, l’ambiance y est un peu morose. Beaucoup de rideaux de commerces sont tirés définitivement. « Ça n’a rien d’avoir avec le couvre-feu, témoigne à 20 Minutes une passante qui regarde sa montre. Même avant le coronavirus, les commerces fermaient les uns après les autres », soupire-t-elle en pressant le pas.

Il est vrai que de nombreuses enseignes ont fermé sur cette place emblématique de la ville. Un bref regard à 360 degrés permet de constater les dégâts. Un grand magasin de chaussures, une petite boutique tendance de fripes, deux emblématiques brasseries, un magasin de textile. A peine plus loin, d’autres boutiques et cela est sans compter la fermeture du grand magasin Le Printemps annoncée pour cette fin d’année. La place Kléber, autrefois baromètre de la vitalité de la ville, perdrait-elle de son intérêt ? Et plus largement, les commerces du centre-ville sont-ils en danger à Strasbourg ?

Pas de généralité

Un ressenti peut-être, « mais il faut étudier chaque cas individuellement », souligne Pierre Bardet, directeur de l’association de commerçants Les Vitrines de Strasbourg. « Pour beaucoup qui ont fermé, le magasin était déjà sur la corde raide et le coronavirus a été le coup de grâce. Beaucoup aussi avaient des problèmes juridiques, de succession. » Pour l’instant, le directeur n’est pas trop inquiet pour la dynamique commerciale de la ville mais appréhende l’ouverture prochaine de la zone commerciale Nord. « Il va falloir être très vigilant et ouvrir les yeux », prévient Pierre Bardet.

Si le commerce en centre-ville de Strasbourg a toujours été puissant, avec un taux de vacance record, en deçà de 4,5 %, la persistance des loyers trop chers inquiète. Des avis que partage Joël Steffen, adjoint à la maire en charge du commerce et qui reste confiant sur l’attractivité de la ville. « Il y a des signaux de vitalité comme la rénovation du bâtiment de la Maison Rouge, des travaux prévus dans l’ancienne brasserie Schutzenberger, des porteurs de projets continuent à investir, des centaines de commerces résistent bien », souligne l’élu.

Des fermetures en hypercentre pourraient même « avoir des effets positifs pour un certain nombre de porteurs de projets, avance Joël Steffen. Si des locaux commencent à se libérer, on va peut-être réussir à sortir de la bulle immobilière commerciale dans laquelle nous sommes avec des loyers commerciaux, de pas-de-porte, qui ont atteint des sommets et dépassé le raisonnable depuis bien longtemps. Des locaux commerciaux réservés en somme à de grandes franchises qui ont les moyens d’investir. »

Des loyers aussi chers qu’à Paris

Des loyers commerciaux parmi les plus chers de France, parfois comme à Paris assurent les spécialistes. « Strasbourg reste chère car se sont des foncières privées qui sont propriétaires des emplacements premium. Finalement, ce sont eux qui font les loyers, explique Pascal Hardy, responsable service professionnel au sein d’Immoval Strasbourg et spécialisé dans le commerce et la vente de fonds de commerce. Donc plus le loyer est élevé et plus la vente des murs est élevée. Alors personne n’a intérêt à les baisser pour ne pas perdre de la valeur. »

Une crispation économique qui entraîne une certaine stagnation des transactions. « On ne rentre pas de mandats mais on n’en sort plus non plus. C’est un peu le statu quo », illustre Pascal Hardy. L’agent reste optimiste : « Il y a quand même des transactions, mais ce sont des plus petites transactions, sur des locaux peut-être un peu moins bien placés mais avec des loyers corrects. »