Alsace : Pourquoi la Mission Stéphane Bern a-t-elle choisi l’écluse Kembs Niffer Le Corbusier ?

PATRIMOINE L’écluse de Kembs-Niffer dite Le Corbusier dans le Haut-Rhin est l’un des deux sites alsaciens choisi pour l’édition 2020 du loto du patrimoine de Stéphane Bern et va bénéficier de 300.000 euros

Gilles Varela

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L'écluse de Kembs Niffer dans le Haut-Rhin.
L'écluse de Kembs Niffer dans le Haut-Rhin. — Marx Zeppeline
  • L’écluse Kembs Niffer dans le Haut-Rhin, appelée aussi l’écluse Le Corbusier, va recevoir pour sa restauration 300.000 euros de la part de la Mission patrimoine de Stéphane Bern.
  • Classée au titre de monument historique en 2005, c’est la seule réalisation en Alsace du célèbre architecte Le Corbusier.
  • Aujourd’hui laissée à l’abandon, cette amorce va permettre la restauration des deux bâtiments classés, à savoir la tour de commande et le bâtiment administratif.

Mais pourquoi donc l’écluse de Kembs-Niffer, dite Le Corbusier, dans le Haut-Rhin, va-t-elle bénéficier d’une subvention de 300.000 euros tirés loto du patrimoine de Stéphane Bern ? L’animateur TV se serait-il pris d’une passion pour la navigation de plaisance sur le Rhin au canal du Rhône, unique activité aujourd’hui de cet ensemble datant des années 1960 ?

Car au premier coup d’œil, cela ne semble pas évident tant l’édifice en béton de la tour de contrôle et du bâtiment administratif, qui font l’objet de cette subvention, peuvent paraître inintéressants pour un néophyte. Pas de vielles pierres érodées comme pour l’autre projet alsacien choisi par la Mission patrimoine (le mur d’enceinte de Wangen dans le Bas-Rhin), pas de charpentes bringuebalantes ou de donjons en danger.

Une rare commande publique à Le Corbusier

Et pourtant. L’intérêt de l’écluse de Kembs Niffert réside dans la représentation de tout un mouvement architectural et social d’une époque. Une vision portée par son architecte, l’influent Le Corbusier dont une partie de l’œuvre est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est dire que l’on tient là un véritable joyau architectural. « Cette écluse est d’ailleurs sa seule réalisation en Alsace et l’une des rares commandes publiques françaises à l’architecte », souligne Jean Laurent Kistler, chef du service développement de  Voies navigables de France (VNF) à Strasbourg, propriétaire de l’écluse.

L'écluse Kembs Niffer dans le Haut-Rhin.
L'écluse Kembs Niffer dans le Haut-Rhin. - Alexandra LEBON

Livré en 1961, l’ensemble a été inscrit au titre de monument historique en mars 2005. Même si les deux structures ont été laissées avec les années à l’abandon, notamment depuis l’automatisation de la grande écluse située quelques centaines de mètres en amont en 1995. Nouvelle écluse autorisant des convois beaucoup plus longs et supportant un fret plus important.

La tour, constituée de béton et de vitres, recèle d’innovations. Elle est supportée par des murs sur lesquels s’articule un jeu de « pleins et de vides » selon les niveaux d’eau. Elle abrite le poste de l’éclusier, où la décoration et le pupitre sont toujours en place, ainsi que les équipements mécaniques. Le bâtiment administratif quant à lui est surmonté « d’une couverture en forme de paraboloïde hyperbolique, très novateur à l’époque », détaille Jean Laurent Kistler. Il était réservé aux bureaux des douanes et de la navigation.

Une aide particulièrement bienvenue

Problème, en février 2019, après une analyse des dégâts, ces deux édifices ont été reconnus en péril. La Mission mécénat de VNF et la Fondation du patrimoine ont alors lancé pour la toute première fois un appel aux dons pour sa restauration et de permettre à terme d’accueillir le grand public, toujours en cours mais qui plafonne à 2.300 euros… La mission du patrimoine est donc la bienvenue d’autant plus que le coût de la restauration des deux bâtiments est estimé à un million d’euros… Reste donc à mobiliser le mécénat d’entreprise, des institutions. Concrètement sont prévus la rénovation des bétons, des murs, des portes, des fenêtres et des sols qui seront refaits à l’identique.

« Les travaux devraient commencer d’ici à la fin de l’année, précise Jean Laurent Kistler, le temps de lancer une réflexion avec tous les partenaires au devenir du site après la restauration. » Les intérieurs pourraient être rouverts au public, on parle aussi d’un projet d’utiliser ses espaces pour des séminaires, ou des expositions temporaires. Quand la vie sans Covid sera de retour…