Strasbourg : Les étudiants vont-ils sauver la choucroute ?

C'EST CHOU Les Alsaciens et les Alsaciennes (les autres aussi) sont invités à manger plus de choucroute qu’à l’habitude pour soutenir la filière touchée par le deuxième confinement

Gilles Varela
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Illustration. Choux à choucroute à Geispolsheim le 4 juillet 2018.
Illustration. Choux à choucroute à Geispolsheim le 4 juillet 2018. — G. Varela / 20 Minutes
  • Le deuxième confinement est intervenu en pleine période de récolte des choux. Une mauvaise affaire pour la filière de la choucroute en Alsace car les stocks attendent les clients.
  • Plusieurs initiatives pour aider les producteurs de choux et les choucroutiers sont mises en place dans la région pour soutenir la filière.
  • En ce mois de décembre, les restos universitaires en Alsace vont proposer de nombreuses déclinaisons de la choucroute aux étudiants, car le mot d’ordre général est : « Mangez du chou ».

Autant le dire tout de suite, ça va turbiner dans les restos universitaires de Strasbourg et d’Alsace avec l’opération du Crous « Sauvons le chou ». Les étudiants vont déguster le célèbre légume sous toutes ses… racines. Tout comme dans les cantines et selfs du centre administratif de Strasbourg, les repas scolaires de la ville, via « l’appel à la mobilisation de tous les acteurs pour soutenir la filière du chou », souligne Antoine Neumann, le « monsieur agriculture » de la nouvelle équipe municipale de Strasbourg. Car la choucroute est « chère à l’Alsace, culturellement et économiquement. » Faut dire qu’elle représente 70 % de la production nationale…

Dans les assiettes du Crous d’Alsace, on va donc trouver en fonction des dates et des Restos U, de la choucroute au gingembre, caramélisée, au lard… Cela vous ouvre l’appétit ? Karine, étudiante, se régale d’avance : « Ça va me donner des idées de recettes car je ne sais pas trop quoi faire avec le chou et puis c’est pas cher donc ça peut carrément m’aider. » Même satisfaction chez Djemiane : « C’est pas facile tous les jours, j’ai perdu mon job étudiant. Alors franchement si ça permet en retour d’aider les producteurs, c’est du gagnant-gagnant, c’est top ! » Plus circonspect mais volontaire, Eric avoue « ne pas trop aimer mais être prêt à en manger tous les jours s’il le faut. Après faut voir si le sacrifice peut vraiment aider les producteurs, ça m’étonnerait ». Un brin potache, son ami souligne que « de toute façon, les cours ne sont pas en présentiel, alors c’est pas grave »…

Les choucroutiers évitent le pire grâce à une pub

De bonnes intentions en tout cas qui pourraient contribuer à remonter le moral les producteurs. « Voilà en effet un mois que la profession tire la sirène d’alarme », souligne David Joly, président du syndicat des producteurs de choux à choucroute d’Alsace. Avec le reconfinement, la choucroute leur est restée sur les bras. Au pire moment, après une sortie de printemps et un début d’été compliqué pour les plantations à cause de la sécheresse, le deuxième confinement en octobre a, « d’un coup, fait chuter les ventes de choucroute et donc compliqué la récolte », explique David Joly. Problème, pour la filière, « c’est une grosse période où la choucroute commence à bien se vendre, où on la déguste le plus avec la baisse des températures. » Autant dire que « la fermeture des restaurants, des marchés de Noël, l’annulation des repas d’entreprises, la production des choux a bien failli rester dans les champs car les cuves étaient déjà pleines et il n’était pas possible de faire rentrer toute la culture. »

Choux à Choucroute. Geispolsheim le 4 juillet 2018.
Choux à Choucroute. Geispolsheim le 4 juillet 2018. - G. Varela / 20 Minutes

C’est une campagne publicitaire pour « inciter les gens à manger de la choucroute, de changer un petit peu nos habitudes alimentaires, qui a permis d’éviter le pire » assure l’agriculteur. « Les collectivités, les gens ont été solidaires avec la filière. On a pu rentrer quasiment toutes nos récoltes. » Mais à présent, « les craintes se reportent sur l’année prochaine », confie David Joly. Un surplus éventuel de choucroute pourrait peser sur les quotas de plantations à venir, les contrats et le prix d’achat au kilo qui seront signés en début d’année. « On a déjà des échos d’acheteurs des centrales d’achat, des grandes surfaces, qui voient la grosse quantité d’offre et veulent casser les prix, mais ça ne sera pas le cas, prévient l’agriculteur. Pour remédier à ça, on plantera moins même si cela va nous causer financièrement du tort alors que nous espérions une légère augmentation du prix de rachat au kilo », rappelle David Joly.

En attendant, dans les Crous d’Alsace, il est l’heure de passer à table et de déguster l’une des recettes proposées à base de choucroute.