Alsace : Stéphane Bern écrit une lettre incendiaire à un maire qui a détruit une maison à colombages

PATRIMOINE Le maire de Geudertheim dans le Bas-Rhin a rasé une maison du village datant du 17e siècle pour y construire une école, l’animateur télé Stéphane Bern, n’a pas vraiment apprécié

Gilles Varela

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Destruction de la maison Greder à Geudertheim le 30 septembre 2020.
Destruction de la maison Greder à Geudertheim le 30 septembre 2020. — Denis Elbel ASMA
  • Le maire de la petite commune de Geudertheim dans le Bas-Rhin a fait détruire une maison à colombages datant de 1662.
  • Son projet est de la remplacer par une école pour les enfants du village.
  • Une démolition contre laquelle s’est battue pendant plusieurs mois l’Association pour la sauvegarde de la maison alsacienne (ASMA) et qui a ulcéré l’animateur télé Stéphane Bern.

Du « Vandalisme », « fossoyeur du patrimoine alsacien », « un maire qui devra rendre des comptes »… Mais pourquoi donc une lettre avec des mots si durs de l’animateur télé Stéphane Bern a-t-elle été envoyée au maire alsacien de Geudertheim dans le Bas-Rhin ?

Le Monsieur patrimoine du gouvernement a à nouveau enfilé son armure et repris sa lance pour piquer cette fois un maire alsacien mais surtout sonner le glas auprès d’autres élus qui pourraient être tentés à l’avenir de détruire des maisons traditionnelles. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Ulcéré, l’animateur reproche la « destruction d’un joyau du patrimoine », la Maison Greder, datant de 1662, au cœur du village de Geudertheim et qui « était en bon état structurel. »

Après un long combat juridique avec l’Association pour la sauvegarde de la maison alsacienne (Asma), le maire Pierre Gross, qui a remporté la partie, a en effet rasé le 30 septembre dernier la maison à colombages située face à la mairie. L’élu compte y construire une école maternelle et le périscolaire pour les enfants du village.

« Je suis meurtri par votre acte de vandalisme qui ne détruit pas seulement un morceau du patrimoine, mais un pan entier de la mémoire alsacienne », peste encore dans son courrier Stéphane Bern, dans une lettre que nous avons consultée. « Je ne doute pas que vous aurez un jour à en rendre compte à vos concitoyens et vous passerez à la postérité de Geudertheim comme le fossoyeur de l’héritage historique patrimonial du village. » Rappelant la compatibilité entre usage moderne et réhabilitation, l’animateur s’est dit « sans grand espoir de recevoir des excuses publiques que requiert cet acte destructeur. »

Des maisons en danger

Au-delà de cette démolition, c’est surtout la mise en danger des maisons à colombages et plus généralement alsaciennes que défendent l’Asma et Stéphane Bern. Entre 300 à 400 maisons traditionnelles seraient en effet détruites chaque année en Alsace selon l’association.

Cette lettre de l’animateur et la médiatisation qui en découle sont « un bel avertissement, un feu rouge adressé aux maires qui veulent encore raser des maisons traditionnelles, se félicite Bernard Duhem, le président de l’Asma. Montrer qu’à un moment donné on ne peut pas faire tout et n’importe quoi. C’était la maison la plus vieille dans un village » A l’heure où est publié cet article, le maire de Geudertheim sollicité par 20 Minutes n’avait pas encore répondu à nos questions. Mais il a justifié précédemment sur France Bleu Grand-Est son choix, notamment l’emplacement stratégique pour la future école, son bon droit et rétorqué que « ce serait plutôt » à Stéphane Bern « de s’excuser vu les termes très violents qu’il emploie. »

Au-delà de la polémique, la maison à colombages serait-elle en danger ? « Oui, et c’est aussi le cas pour les maisons en grès des Vosges, elles partent de la même manière » souligne Bernard Duhem. Seraient-elles plus chères à rénover ? « Au contraire des années 70 -80 où tout le monde restaurait la maison à pans de bois, ou la maison alsacienne au sens large, on est un peu dans une phase de désamour, on veut faire du propre… Le mode de vie d’aujourd’hui n’est plus celui de nos grands-parents et encore moins celui de nos grands-parents. »

Bernard Duhem pointe aussi les problèmes d’aménagement urbain, le manque de préparation dans les successions, avec des enfants souvent contraints de vendre une maison fraîchement héritée. Et pour sauver ce patrimoine, l’Asma préconise la formation et l’apprentissage aux techniques de la restauration, mais aussi leur inscription dans le Plan local d’urbanisme (PLU). « Il nous appartient quand ils sont refaits, de sensibiliser les élus à cette question et dire que telle ou telle maison a un intérêt pour le village et qu’il faut la préserver. » A Geuddertheim, la question a déjà été réglée…