Marché de Noël à Strasbourg : Les associations caritatives ne veulent pas être reléguées à l’autre bout de la ville

NOEL Les associations caritatives traditionnellement placées au pied du grand sapin de Noël ne veulent pas être déplacées dans un square avec peu de passage

Gilles Varela
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Le marché de Noël de Strasbourg 2015. (Illustration)
Le marché de Noël de Strasbourg 2015. (Illustration) — Gilles Varela
  • Les associations caritatives installées depuis des années au pied du Grand sapin, au cœur de Strasbourg lors marché de Noël, ont appris en fin de semaine dernière qu’elles seraient déplacées à la Petite France.
  • Un emplacement pas vraiment central qui mécontente les associations. Elles craignent un manque de visibilité et une perte de recette dans une situation sanitaire déjà tendue, et espèrent que la nouvelle municipalité va revenir sur cette décision.

« C’est une douche froide », peste Daniel Friedrich, responsable de l’association des Petits frères des pauvres Strasbourg. Déplacer les chalets des associations caritatives de la place Kléber vers le square Louise-Weiss à la Petite France, ne lui semble « pas aller dans le bon sens. »

Même sentiment chez les autres associations contactées par 20 Minutes, celles qui ont « la chance » (elles en sont bien conscientes) d’avoir un chalet durant toute la durée du marché de Noël au pied du Grand sapin. Nombreuses ont été stupéfaites d’apprendre par mail, en fin de semaine dernière, « sans concertation », qu’elles seraient déplacées pour cette première édition sous l’ère Covid-19. Selon la nouvelle municipalité, cette décision serait motivée notamment par l’obligation de distanciation sociale sur tout le marché de Noël, condition sine qua non pour la tenue d’un tel évènement.

Jusque-là, près de 90 associations se voyaient attribuer un emplacement place Kléber, mis à disposition par les différentes municipalités qui se sont succédé. Un Village du partage où elles profitent de cette période pour se faire une petite recette, notamment grâce à la vente de vin chaud, et se faire connaître. C’est un « drôle de signe qui est donné », peut-on entendre. « Je pensais qu’avec les valeurs de partage, de solidarité que véhicule le Village, nous n’allions pas être déplacés, regrette Christian Boof, président de Kiwanis Strasbourg Contades. C’est un coup de massue. Place Kléber, c’est symbolique et ça place la solidarité au centre de Noël, au pied du sapin. D’ailleurs, c’est un membre du club Kiwanis Strasbourg qui est à l’origine de ce grand sapin », rappelle non sans ironie, Christian Boof.

Perte de recette

Même sentiment chez Humanis, collectif qui regroupe à lui seul une trentaine d’associations qui se relayent dans leur chalet pendant toute la période de Noël. Collectif à l’origine également de la Soupe étoilée, dans un autre chalet. « On reproche souvent que le marché de Noël soit trop commercial, mais il restait ce côté solidaire, fraternel, place Kléber », regrette Humanis qui, comme les autres, a peur d’être relégué « dans un endroit où il y aurait personne, mal éclairé. » Même si le village du pays invité, l’Allemagne cette année, y serait également déplacé. « Kléber est une place centrale, très enviée des commerçants, où les habitués, des personnes âgées passent nous voir, voir les animations. Je ne pense pas qu’ils iront jusqu’au square Louise-Weiss, ou puissent se déplacer en chaise roulante là-bas », s’inquiète Daniel Friedrich des Petits Frères des Pauvres.

Marché de Noël. Village du partage. Le 01 12 2008
Marché de Noël. Village du partage. Le 01 12 2008 - G.VARELA / 20 MINUTES

Mais outre une perte de visibilité et de contacts, ce qui inquiète fortement les associations caritatives, déjà sévèrement touchées par de nombreux évènements annulés, c’est une perte des recettes. « Covid ou pas, on compte aussi sur les recettes de la Soupe étoilée », prévient Humanis. Idem pour Kiwanis Strasbourg Contades et les Petits Frères des pauvres. L’importante perte de visiteurs attendue, notamment de touristes étrangers, et cette perspective d’un déplacement dans un lieu « moins commercial, complique les commandes des matières premières, comme le vin pour faire du vin chaud. Nous sommes dans l’incapacité à savoir ce que nous devons prévoir, acheter, tout est arrivé très vite. Et cela va être un problème aussi pour prévoir le nombre de bénévoles nécessaires. Pas sûr non plus qu’ils aient envie de rester toute la journée dans le froid dans un lieu où peu de gens viennent à leur rencontre. »

Pour l’heure, des associations ont, ou s’apprêtent pour certaines, à envoyer un courrier à la municipalité, espérant que la ville revienne sur sa position. Contactée par 20 Minutes, la ville de Strasbourg est, ce mercredi soir, moins formelle. Elle rappelle que « c’est une proposition qui n’est pas définitive et qui fera l’objet d’une concertation dans les prochains jours avec les associations du Village du partage. » Un cadeau du père Noël ?