Strasbourg : La délicate question de l’éclairage public en pleine nuit

ECONOMIE Difficile équilibre entre sécurité, protection de l’environnement et coût financier, l’éclairage public trouve des réponses bien différentes selon les communes

Gilles Varela

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Test éclairage public sur détection dans les rues de Belfort et de Saint-Dié à Strasbourg. Le 04 juin 2018.
Test éclairage public sur détection dans les rues de Belfort et de Saint-Dié à Strasbourg. Le 04 juin 2018. — G. Varela / 20 Minutes
  • Alors que la ville d’Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin) rétablit en partie l’éclairage public la nuit, la ville de Strasbourg continue l’expérimentation des éclairages dits intelligents et penche pour un éclairage à la carte selon les rues.
  • La question est de trouver le juste équilibre entre finances publiques, protection de l’environnement et dimension sécuritaire.

C’est un peu comme les livres de cuisine. Chaque ville a sa recette pour trouver le meilleur éclairage public possible. Difficile équilibre entre protection de l’environnement, dimension sécuritaire mais aussi pour protéger le porte-monnaie des contribuables. Dernière ville bas-rhinoise à avoir attiré les projecteurs sur elle, Illkirch-Graffenstaden, une commune limitrophe de Strasbourg. Son nouveau maire, Thibaud Philipps (LR), a choisi de rétablir en partie l’éclairage public la nuit. Un éclairage éteint pourtant depuis trois ans sur une partie de la commune et même complètement depuis l’été. Alors que dans le même temps, une ville comme Colmar (Haut-Rhin) s’apprête à l’éteindre sur toute la commune aux heures creuses.

Si à Illkirch-Graffenstaden le maire explique cette décision par des craintes exprimées par les habitants concernant leur sécurité, à Strasbourg, le temps est à la réflexion. Et à l’expérimentation. Même si les ampoules classiques sont petit à petit remplacées par des LED. Bien sûr, le dossier est déjà bien avancé. La capitale alsacienne, qui compte actuellement 28.000 points lumineux, veut poursuivre et même dépasser l’objectif qui a été fixé par l’ancienne mandature, de baisser la consommation électrique de 25 % d’ici à 2030. Pour des raisons environnementales, notamment la protection de la bio diversité, mais aussi économiques. Car la facture électrique et d’entretien s’élève à deux millions d’euros pour la seule année 2019, rappelle Pierre Ozenne, adjoint à la maire en charge des Espaces publics partagés et des voiries.

Diminuer et réguler l’intensité lumineuse

Actuellement à Strasbourg, les candélabres restent allumés la nuit, mais les lumières des bâtiments et des commerces sont éteintes dès 23 h. Dans les parcs, comme au Heyritz ou à l’Orangerie, hormis les chemins de passage principaux, c’est le black-out aussi. Depuis 2018, des expériences sont menées, sur deux pistes cyclables mais aussi rue de Belfort et de Saint-Dié à Neudorf. Les candélabres montent en intensité et éclairent la rue lorsqu’il y a du passage avant de se remettre en « mode veilleuse ». Un système plus ou moins similaire est d’ailleurs mis en place à Illkirch-Graffenstaden dans trois quartiers de la ville et son maire veut l’étendre sur l’ensemble de sa commune.

Si ce système a séduit les riverains, à Strasbourg, il est encore à l’étude comme le confirme Pierre Ozenne. « Le retour d’expérience ne nous permet pas pour l’instant d’avoir une bonne visibilité sur ce dispositif. On a besoin de plus de temps pour s’assurer de sa fiabilité, dans la durée », explique Pierre Ozenne. « Après, il faut regarder si l’investissement financier nécessaire pour équiper ces rues, qui sont très peu fréquentées par rapport à d’autres axes, se justifie. Le retour sur investissement est sur 17 ans », souligne l’élu.

Aussi, l’équipe municipale écologiste penche pour un fonctionnement à la carte, selon les rues, les besoins. « On continue l’expérimentation mais nous travaillons sur la modulation des lumières pour préserver la bio diversité. Nous travaillons à diminuer l’intensité lumineuse lorsqu’il y a moins de trafic, de passage. Identifier les rues en soirée. Sur la dimension sécuritaire aussi avec des éclairages de couleurs différentes à certains endroits, des jeux de lumières pour rendre certains endroits moins anxiogènes. Ce n’est pas allumer ou éteindre qui est important mais d’éclairer au bon endroit au moment et de la bonne manière. L’éclairage doit être maintenu là où il est nécessaire et quand c’est nécessaire. »