Strasbourg : Les prix de l’immobilier peuvent-ils continuer de flamber ?

ECONOMIE La capitale alsacienne reste moins chère qu’une ville comme Nantes

Thibaut Gagnepain

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Le quai des Bateliers, à Strasbourg. Au sein du quartier de la Krutenau, le prix au m² pour un appartement approche les 4.000 euros.
Le quai des Bateliers, à Strasbourg. Au sein du quartier de la Krutenau, le prix au m² pour un appartement approche les 4.000 euros. — Caro / Dittrich /SIPA
  • Le secteur de l’immobilier se porte bien à Strasbourg, avec un prix au m² en hausse de près de 4 à 5 % pour les appartements anciens l’an dernier.
  • En règle générale, la tendance est à la hausse depuis des décennies. Sur les cinq dernières années, elle serait même de 20 % selon le baromètre LPI-SeLoger.
  • Les tarifs vont-ils encore augmenter ? « Je n’ai pas de boule de cristal mais la rareté actuelle et le maintien des taux bancaires historiquement bas plaident en faveur d’une tendance haussière continue », répond Maître Laurent Ritter, rejoint sur ce point par le président de la FNAIM du Bas-Rhin.

Les agents immobiliers « ont le sourire » à Strasbourg. C’est le président de la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim) du Bas-Rhin, Daniel Bintz, qui le dit. Comme partout, le confinement a ralenti le rythme des transactions, mais il a depuis repris.

« Sur le Bas-Rhin, on était à un peu plus de 12.000 ventes dans l’ancien en 2018 et 2019. On est déjà à plus de 10.000 cette année. On ne rattrapera pas le retard accumulé mais l’activité est repartie comme avant et elle est bonne », poursuit le spécialiste, dont l’affaire est implantée dans la capitale alsacienne depuis plus de soixante-dix ans.

« Les gens sont attachés à la pierre ici encore plus qu’ailleurs »

Sur la période, aucun chiffre, mais une tendance nette : une hausse des prix constante. « Même pendant les crises, comme en 1997, Strasbourg n’a pas souffert autant que les autres villes », confirme Maître Claudine Lotz, vice-présidente de la chambre des notaires du Bas-Rhin. « C’est difficile de savoir pourquoi mais il semble que les gens sont attachés à la pierre ici encore plus qu’ailleurs. »

Sur les cinq dernières années, le prix au m² dans l’ancien aurait ainsi augmenté de 20 %, dont 4,4 % rien que sur les douze derniers mois, selon le baromètre LPI-SeLoger. Il s’établirait ainsi à 3.619 euros en moyenne. Avec évidemment de nettes différences au sein de la ville : 1.680 euros à Hautepierre, le moins bien côté, contre 4.280 euros dans le secteur mairie. « En plein centre, dans un bel appartement, on peut facilement atteindre les 5.500-5.600 au m² », ajoute Maître Laurent Ritter.

D’après les chiffres recueillis par la chambre des notaires qu’il préside, tous les quartiers sont « dans une tendance haussière ». Avec de très jolis bonds pour le même Hautepierre (+17 % sur un an), la Montagne Verte (+15,4 %), Neudorf sud (+12,3 %) ou Koenigshoffen est (+10,6 %). Les prix de ventes des maisons anciennes ont aussi augmenté dans la ville.

« Les statistiques veulent tout et rien dire, il suffit que quelques beaux biens trouvent des acquéreurs pour que ça donne des chiffres comme ça », relativise Daniel Bintz, sans nier une évolution globale des prix. Qu’il ne voit pas se tarir, bien au contraire. « Les programmes neufs sont un peu à l’arrêt en ce moment donc l’ancien devrait en bénéficier. Sachant qu’il y a déjà plus de demandes que d’offres, cela devrait se ressentir au niveau des tarifs… »

« Une tendance haussière continue »

Jusqu’où vont-ils augmenter ? « Je n’ai pas de boule de cristal mais la rareté actuelle et le maintien des taux bancaires historiquement bas plaident en faveur d’une tendance haussière continue », répond Maître Laurent Ritter, en voyant quand même une limite : « Quand les nombreux biens achetés ces dernières années avec les dispositifs type Pinel (de réduction d’impôt) vont tous se vendre en même temps, on pourrait assister à une petite baisse. »

Autre argument levé par Daniel Bintz, l’effet covid-19 : « On ne peut pas encore le mesurer mais s’il y avait beaucoup de destructions d’emplois et si le chômage venait à exploser, le marché pourrait se tasser », estime le président de la FNAIM 67, sans vraiment y croire. « L’immobilier reste une valeur sûre et on voit en ce moment des investisseurs quitter la bourse pour revenir à la pierre. » Surtout à Strasbourg, plus abordable que des villes de même envergure. Acheter un bien dans la préfecture du Bas-Rhin coûte 10 % moins cher qu’à Nantes, 33 % de moins qu’à Bordeaux et… 193 % moins qu’à Paris, selon le Baromètre LPI-SeLoger.