Strasbourg : Des policiers en colère après une peine jugée « légère » pour un rodéo sauvage

JUSTICE Une peine de justice concernant un rodéo sauvage à Strasbourg mécontente les policiers

Gilles Varela

— 

A Strasbourg, les policiers lors d'une opération « anti-rodéo » le 16 octobre 2019.
A Strasbourg, les policiers lors d'une opération « anti-rodéo » le 16 octobre 2019. — Thibaut Gagnepain / 20 Minutes
  • Trois jeunes ont été condamnés à un stage de sensibilisation à la Sécurité routière après des rodéos sauvages dans Strasbourg.
  • Des policiers regrettent la « légèreté » de cette sanction après une longue enquête et veulent que des réflexions sur l’efficacité des peines soient menées.
  • La justice souligne la personnalisation des peines et l’importance de travailler sur la récidive.

Alors que les rodéos sauvages à deux roues se multiplient partout en France, mobilisant toujours un peu plus des forces de l’ordre déjà surchargées, une décision de justice rendue la semaine dernière à Strasbourg fait parler dans les commissariats. Et suscite par la même occasion des commentaires sur Internet parfois peu élogieux pour la justice. Pour rappel, après une longue enquête, trois jeunes auteurs de rodéos sauvages à Strasbourg avaient écopé d’un stage de sensibilisation à la Sécurité routière. Une peine « insuffisante », « humiliante », « légère », « démotivante » peut-on entendre du côté des forces de l’ordre.

« C’est une décision de justice, on les respecte, mais on s’interroge », confie à 20 Minutes William Wulleman, Secrétaire régional adjoint Grand-Est d’Alliance police nationale. Mais ce que souhaite surtout le syndicat de police, c’est « un vrai moratoire » sur le sujet des peines, leur efficacité. « Nous ne sommes pas dans une logique du tout carcéral, explique William Wulleman, mais on veut simplement avoir une vraie réflexion parce que l’on constate, au quotidien, que les peines sont incomprises, à la fois par les auteurs, les victimes, les policiers. Le message n’est plus compris face à une délinquance qui s’est considérablement rajeunie, poursuit le policier, avec une montée en degré dans la violence. Des décisions de justice sont parfois autant de coups d’épée dans l’eau et finalement tout le monde est perdant. » Il redoute aussi « les décalages qui peuvent être rencontrés, les incompréhensions entre les différents maillons de la chaîne judiciaire », et insiste sur nécessité de revoir ces derniers.

La personnalisation des peines

La justice serait-elle trop gentille ? « On ne rend pas des peines pour faire plaisir à des syndicats de policiers, on prononce des peines en fonction de la gravité de l’infraction et de la personnalité de l’auteur de l’infraction, tranche Philippe Schneider, représentant du Syndicat de la magistrature. Sans vouloir commenter la moindre décision de justice, il rappelle qu’une peine de stage est une peine prévue par la loi, à la place de l’emprisonnement, une alternative à la prison, aux frais des condamnés. Des peines personnalisées.

Même avis pour la juge pour enfant Isabelle Speziari, déléguée régionale de l’Union syndicale des magistrats et juge pour enfant à Strasbourg. Si elle ne commente pas les décisions de justice, plus généralement, elle comprend que certaines peines peuvent émouvoir la population mais elle rappelle qu’on ne peut pas juger à la hauteur de la durée de l’enquête et des moyens déployés, que la peine est proportionnelle à l’infraction, en fonction du dossier. « On peut entendre dans la population que s’il n’y a pas de peine de prison, il n’y a pas de condamnation. Le raccourci est fait quand la justice ne paraît pas assez sévère et encore là, cela dépend de la durée de la peine…, explique-t-elle. Condamné à un stage, ce n’est pas être relaxé, et encore moins nier les problèmes ou le travail conséquent et sérieux de la police et de la justice. Ces stages mis en place par le législateur sont là pour travailler sur la récidive. Si cette mission est accomplie par ce biais, tant mieux, la société est gagnante. »