Strasbourg : Colère et incompréhension après le refus du label de « Capitale européenne de la démocratie »

POLITIQUE La maire de Strasbourg Jeanne Barseghian refuse ainsi un label symbolique mais aussi une enveloppe de 10 millions d’euros

Gilles Varela
— 
Installation du nouveau conseil municipal de Strasbourg le 4 juillet 2020.
Installation du nouveau conseil municipal de Strasbourg le 4 juillet 2020. — G. Varela / 20 Minutes
  • La maire écologiste de Strasbourg Jeanne Barseghian a refusé le label « Capitale européenne de la démocratie ».
  • Cette décision a provoqué « indignation », « incompréhension » et d’inquiétudes de députés et élus alsaciens qui voient en ce refus l’affaiblissement de la position du siège du Parlement européen mais aussi des arguments supplémentaires aux anti-Strasbourg.
  • Lors du conseil Municipal, ce lundi, Jeanne Barseghain a expliqué, sans fermer les portes à ce nouveau label, vouloir des éclaircissements sur les éventuelles contreparties financières et demande un message plus clair au plus haut niveau de l’Etat pour défendre Strasbourg.

C’est un refus qui passe mal, très mal. Députés, eurodéputés, représentants de l’opposition municipales, ont appris ce lundi la décision de Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg (Bas-Rhin), de refuser, cette année, le label Capitale européenne de la démocratie. Un nouveau label attribué par le maire de Vienne et The Innovation in Politics Institute (Institut d’innovation politique), conforté par le Conseil de l’Europe et la Commission européenne. L’objectif de ce label ? Soutenir une ville dans les initiatives qui renforcent la démocratie. Un label symbolique mais aussi doté pour la ville choisie d’une enveloppe de 10 millions d’euros et de moyens humains.

Dans la foulée, une dizaine de députés alsaciens ont adressé une lettre de contestation à la maire. Les élus se disent « consternés » par une décision, « lourde de conséquences », « totalement incompréhensible » et « inconcevable ». Des explications étaient attendues lors du conseil municipal l’après-midi même mais elles sont arrivées en toute fin de conseil. La question d’actualité sur le sujet, demandée par Alain Fontanel et appuyée par l’opposition municipale, a en effet été refusée par Jeanne Barseghian, décidant qu’elle serait incluse dans la motion sur la question européenne, prévue en fin de session. Insistance de l’opposition, suspension de séance, le conseil fut tendu.

Pour renforcer le statut de Strasbourg ?

« Incompréhension », « stupéfaction ». Tour à tour, les présidents de groupe ont fustigé la maire et « sa décision unilatérale », le manque de concertation. « Un renoncement incompréhensible, tout simplement fautif » a expliqué Alain Fontanel « donnant des arguments supplémentaires aux anti-Strasbourg ». La plus longue et complète tirade est venue de Catherine Trautmann, qui a replacé le contexte historique du choix de Strasbourg comme capitale européenne. Mais surtout les nombreux efforts et batailles « menées sans relâche » pour son rayonnement.

Tous ont aussi rappelé le déplacement des six dernières sessions parlementaire à Bruxelles, alors que la bataille fait rage pour le maintien du siège du Parlement à Strasbourg. « Ce label aurait permis de renforcer le statut de Strasbourg, capitale européenne », ont-ils expliqué. « Si l’on voulait porter préjudice au statut européen de notre ville, on ne s’y prendrait pas autrement » a ironisé Jean Philippe Vetter. L’élu a indiqué d’ailleurs espérer que Bruxelles, autre ville qui pourrait bénéficier de ce label, ne soit pas désignée : « Cela serait un véritable camouflet pour la ville. »

Un prix en cours de construction

En réponse, la maire Jeanne Barseghian a, entre autres, souligné l’importance d’être unis face aux attaques dont fait l’objet Strasbourg et reproché un manque de message clair pour soutenir Strasbourg, au plus haut niveau de l’Etat. Mais encore la nécessité de prendre le temps de co-construire les stratégies européennes, dans la concertation.

Dans un communiqué, la maire a précisé que ce label, « à 100 % privé », lui a été présenté récemment. « Le volet de son financement, qui mérite pourtant la plus complète transparence, ne nous est pas apparu suffisamment stable. » L’élue ajoute « qu’accepter ce prix sans y concourir, ce n’était pas faire de ce label une reconnaissance du statut de Strasbourg, inscrit noir sur blanc dans les traités, mais bien faire de notre ville une "ville test" pour un prix en cours de construction. » Mais les portes ne sont pas fermées. Jeanne Barseghian assure avoir indiqué aux initiateurs du label que « Strasbourg pourrait concourir, comme d’autres villes, et au titre des initiatives mises en œuvre sur le territoire, à une prochaine édition du prix. »