Des compensations pour l’annulation des sessions du Parlement européen à Strasbourg ?

POLITIQUE L’Eurodéputée et questeure du Parlement européen Anne Sander plaide pour des compensations pour Strasbourg après l’annulation de la session plénière de septembre qui se tiendra finalement à Bruxelles

Gilles Varela
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Les membres du parti centriste français UDI souhaitent le maintien du parlement européen à Strasbourg  et ont symboliquement planté un panneau d'entrée de ville devant le bâtiment du Parlement européen. Strasbourg avril 2014.
Les membres du parti centriste français UDI souhaitent le maintien du parlement européen à Strasbourg et ont symboliquement planté un panneau d'entrée de ville devant le bâtiment du Parlement européen. Strasbourg avril 2014. — G. Varela / 20 Minutes
  • Après l’annulation de la session plénière du Parlement européen à Strasbourg, l’Eurodéputée Anne Sander demande au gouvernement français « d’engager rapidement des discussions avec le Parlement européen afin d’identifier les compensations qui doivent être envisagées. »
  • Le déplacement pour la sixième fois de la session plénière à Bruxelles aux dépens de Strasbourg fait craindre au monde économique de la ville une perte de rayonnement, bien plus néfaste que la simple annulation d’une session.

Après une nouvelle session plénière du Parlement européen déplacée à Bruxelles, en lieu et place de celle prévue à Strasbourg en septembre, la capitale alsacienne voit rouge. Tout comme la couleur qui classe le département du Bas-Rhin pour cause circulation active du virus de Covid-19, un des arguments avancés par Bruxelles pour justifier cette décision. Car cette annulation de dernière minute, qui préfigure presque celle d’octobre, est un coup à la fois symbolique et économique porté une fois de plus à Strasbourg qui n’a pas vu les eurodéputés y siéger depuis le mois de février dernier.

A peine l’annonce faite, à « regret », depuis Bruxelles par son président David Sassoli, pourtant fervent défenseur du siège strasbourgeois, que l’Eurodéputée et questeure du Parlement européen, l’alsacienne Anne Sander a interpellé le gouvernement français. Elle lui demande « d’engager rapidement des discussions avec le Parlement européen afin d’identifier les compensations qui doivent être envisagées. »

« De gros évènements » pour faire revenir les eurodéputés

Des compensations financières ? « On doit réfléchir en termes de présence du Parlement à Strasbourg, comme l’obligent les traités qui prévoient 12 semaines de session », rappelle Anne Sander. Dans le viseur de l’eurodéputée, les mini-sessions, nombreuses et qui ont toujours lieu à Bruxelles, mais aussi les sessions de commissions de groupes, de circonscriptions, voire de rétablir la journée de vendredi lors des sessions à Strasbourg.

« Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas réfléchir par exemple à un rééquilibrage du calendrier 2021, le remettre à plat et se réorganiser, estime l’élue européenne. Ce sont des exemples, mais de toute façon, il faut travailler à des compensations, à l’organisation de gros évènements pour faire venir les députés européens en plus de ce qui était prévu. »

Une session "annulée on peut comprendre, déplacée, non"

Des reproches que partage Pierre Siegel, président de la branche hôtellerie du Groupement des hôteliers, restaurateurs et débitants de boissons du Bas-Rhin. « Ce qui me fâche, ce n’est pas les pertes directes de cette session mais le message qu’envoie l’Europe à Strasbourg et à la France en bafouant ouvertement les traités internationaux. C’est grave, peste-t-il. Rappelons que la session n’est pas annulée mais déplacée à Bruxelles alors que la situation sanitaire est identique, voire pire qu’à Strasbourg. Qu’elle soit annulée on peut comprendre. Déplacée, non. »

Une remise à plat du calendrier qui pourrait tomber à pic pour les hôteliers, les restaurants, les commerçants et plus généralement le secteur touristique de l’agglomération strasbourgeoise. Même si l’impact direct des sessions parlementaires représente dans l’hôtellerie environ 15 % du chiffre d’affaires annuel, Pierre Siegel craint surtout un effet boule de neige et de voir les entreprises, les sièges sociaux, les autres institutions européennes se détourner peu à peu de Strasbourg.

« Ils y ont leur siège parce que c’est la capitale européenne. Leur présence génère de l'acticvité toute l'année, ce qui, au final, génère beaucoup plus de retombées économiques pour Strasbourg, reprend Pierre Siegel. Ce rôle de Strasbourg capitale européenne a un impact beaucoup plus important que les 4.000 ou 5.000 personnes qui viennent trois jours par mois à Strasbourg. Perdre une session, vue l’année catastrophique que l’on passe, n’y changera pas grand-chose, elle le sera quoi qu’il arrive. Le vrai risque, est que cela nuit au rayonnement de la ville. Il y va de la notoriété et du rayonnement international de Strasbourg. Le vrai risque est là. »