Strasbourg : Un photographe va recouvrir la place Kléber de portraits en noir et blanc

ZOOM L'artiste a prévu d'installer 550 photos de la même taille, un mètre sur un mètre

Thibaut Gagnepain

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Six portraits parmi les 650 réalisés par Christoph de Barry.
Six portraits parmi les 650 réalisés par Christoph de Barry. — Christoph de Barry
  • La place Kléber, à Strasbourg (Bas-Rhin) va bientôt être le théâtre d’une œuvre d’art particulière : 550 portraits photo, imprimés sur des affiches de un mètre sur un mètre, seront collés au sol.
  • C’est une idée du photographe Christoph de Barry. « J’ai eu envie de construire quelque chose de positif avec les Strasbourgeois », justifie-t-il.
  • Sur ces portraits, chaque personne photographiée portait un masque et a écrit un message dessus.

Un damier géant de portraits. La place Kléber, au cœur de Strasbourg (Bas-Rhin), sera bientôt le théâtre d’une œuvre d’art un peu spéciale, la « Mosaïque de l’espoir ». C’est le photographe Christoph de Barry qui est derrière cette idée novatrice.

« Comment elle est venue ? D’une grande frustration et d’une prise de conscience à la sortie du confinement, se remémore-t-il. Je me suis dit que le plus dur restait à venir, économiquement ou socialement avec les règles sur les regroupements. Alors, au lieu d’attendre chez moi que ça aille mieux, je me suis tournée vers l’avenir et j’ai eu envie de construire quelque chose de positif avec les Strasbourgeois. »

« Des volontaires sont venus de partout »

A l’origine, l’indépendant s’était mis dans la tête de mettre dans la boîte 450 personnes, anonymes et issues de tous les milieux. « Je voulais juste créer des événements pour en photographier un maximum sur une journée avec mon studio mobile », précise celui qui s’est donc installé à la Caisse d’allocation familiale (CAF) du Bas-Rhin, chez Emmaüs, dans des locaux d’association, des entreprises et même un squat.

Sauf qu’il a été victime de son succès. Au total, ce sont maintenant 550 personnes qui ont été enregistrées sur sa carte mémoire. « Il y a trois semaines, je croyais que je n’y arriverais jamais et finalement, ça a super bien pris. Des volontaires sont venus de partout. »

« Ça m’a filé une patate d’enfer ! »

Une seule règle était à respecter : porter un masque. « Parce que c’est préconisé et que c’est une formidable surface d’expression », détaille l’artiste, qui a donc laissé ses interlocuteurs écrire ce qui leur tenait à cœur. Sans changer leur message s’ils venaient à être répétitifs avec d’autres. « La liberté, la bienveillance et l’amour sont des thématiques qui sont souvent revenues », poursuit Christoph de Barry. « Il y a aussi des jeux de mots, des prénoms écrits, un stéthoscope dessiné par une infirmière… Plein d’anecdotes qui m’ont touché. Je suis épuisé mais ça m’a filé une patate d’enfer ! »

Christoph de Barry à l’œuvre.
Christoph de Barry à l’œuvre. - Patrick Lambin

Tant mieux car son projet n’est pas fini. Il doit encore imprimer les 550 portraits de 1 mètre sur 1 mètre et les coller place Kléber, du côté où le sapin de Noël prend annuellement place. « Je ferai un carré de 30 mètres sur 30 mètres et un débord en direction de la statue en direction du général Kléber. Je placerai les photos presque au pif puisque j’en ai pris 60 sur fond noir. Je compte m’en servir pour faire apparaître quelque chose de visible en vue aérienne », révèle l’artiste, avant d’en dire un peu plus. « Ce sera probablement un texte, c’est une surprise ! »

L’œuvre sera éphémère, comme celles du célèbre JR, dont il s’est inspiré. « S’il ne pleut pas, ça tiendra 2-3 jours », imagine Christop de Barry, sans savoir encore ce qu’il fera de tout ce papier ensuite. « Ceux qui veulent récupérer leurs portraits, pas de souci. Sinon, peut-être une expo. On verra. Je pourrai aussi en faire retirer à ceux qui voudront… » Contre une contribution financière cette fois. Au total, le projet lui aura coûté « 11.000 euros ». « Même 12.000 euros si je me paye », s’amuse le créateur, qui avait recueilli 4.500 euros grâce à une opération de crowdfunding.

« J’ai fait des rencontres incroyables et ça a été très touchant de voir tous ces sourires. Prendre les gens en photo juste sous les épaules et voir l’expression de leur regard donne quelque chose de très intéressant, conclut-il. Et clairement, ça m’a aussi fait un petit coup de pub ! »