« Le village préféré des Français » : A Hunspach, les habitants craignent de « perdre leur âme »

REPORTAGE Ravis de ce succès, les habitants de cette petite commune du Bas-Rhin craignent néanmoins que ce titre ne vienne perturber le calme et l’authenticité du village

Thibaut Gagnepain

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L'entrée du "Village préféré des Français 2020", Hunspach, en Alsace.
L'entrée du "Village préféré des Français 2020", Hunspach, en Alsace. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • La commune d’Hunspach, dans le Bas-Rhin, a été élue "Le village préféré des Français", mercredi soir sur France 3.
  • Si le village, situé à 50 minutes de Strasbourg et 10 minutes de la frontière allemande, a gagné, il le doit pour beaucoup à ses maisons à colombages. Elles sont toutes blanches, avec des poutres en chêne.
  • Des touristes se promenaient déjà dans les rues du village ce jeudi. « Il y a une authenticité qui se dégage. C’est très calme et très beau », appréciait ce couple de Bretons. « C’est surprenant que ce soit resté comme ça quand on voit le nombre de villages qui sont devenus des usines à touriste. »

A l’entrée, un panneau l’annonce. Hunspach (prononcez « Hounchpare ») est classé « parmi les plus beaux villages de France ». Depuis mercredi soir et l’émission diffusée sur France 3, il est même « le village préféré des Français 2020 ». C’est écrit sur la plaque dorée que le maire, Bertrand Wahl, est venu présenter aux écoliers de la commune ce jeudi matin.

« On va le mettre sur un circuit pédestre mais pas n’importe où, je le veux en évidence. On m’a aussi dit de le fixer avec quatre vis différentes, pour éviter les vols », lance l’édile, évidemment très fier au lendemain de ce sacre… inattendu. Enfin presque.

Le maire d'Hunspach, Bertrand Wahl, avec la présidente de l'association d'histoire d'Hunspach et des environs, Béatrice Kehrli.
Le maire d'Hunspach, Bertrand Wahl, avec la présidente de l'association d'histoire d'Hunspach et des environs, Béatrice Kehrli. - T. Gagnepain / 20 minutes

A côté de lui, Béatrice Kehrli l’avoue, elle connaissait le résultat du vote qui a réuni 700.000 voix. « Mais il ne fallait rien dire, c’était dur », s’amuse la présidente de l’association d’histoire d’Hunspach et des environs. « Mais Monsieur le maire ne savait rien. » Il l’a découvert avec les quelques 150 personnes venues devant la salle des fêtes mardi soir, avant de passer en direct, en duplex, avec l’animateur Stéphane Bern.

Des façades blanches… parce ce que c’est moins cher

« Ça faisait trois ans qu’ils nous avaient contactés pour qu’on participe », révèle l’édile, en poste depuis 2014 et réélu dès le premier tour cette année. « Mais il y avait des conditions à respecter comme ne pas avoir de travaux, pas d’échafaudages sur une façade… Quand ils sont venus tourner début juin pendant deux jours, un habitant qui faisait des rénovations a joué le jeu, il a baissé la grue ! »

Il n’était pas question que l’engin dénature le village, composé dans une large majorité de maisons à colombages. Toutes blanches, avec poutres en chêne. « Pourquoi il n’y a pas de couleur sur les façades comme on voit ailleurs en Alsace ? Car le village, protestant, dépendait d’un seigneur qui voulait que les gens fassent des économies », explique Béatrice Kehrli. « Les pigments, c’était trop cher. »

A Hunspach, les maisons à colombages sont toutes blanches.
A Hunspach, les maisons à colombages sont toutes blanches. - T. Gagnepain / 20 Minutes

Partout, les vastes constructions, des corps de ferme la plupart du temps, ont gardé cette uniformité qui donne un cachet certain au lieu. Ce ne sont pas les quelques touristes de passage ce matin qui diront le contraire. « Il y a une authenticité qui se dégage. C’est très calme et très beau », apprécie ce couple de Bretons. « C’est surprenant que ce soit resté comme ça quand on voit le nombre de villages qui sont devenus des usines à touriste. »

« Le lieu a jusque-là été préservé »

Voilà justement ce que craignent déjà plusieurs des 653 habitants recensés au 1er janvier dernier. « Le lieu a jusque-là été préservé, il faut que ça reste comme ça », prône Monique, née dans la commune puis partie avant d’y revenir pour sa retraite. « La dernière fois que j’ai visité Kaysersberg, j’ai dû jouer des coudes. Pourvu que ça n’arrive jamais ici. »

« Il ne faut pas qu’on perde notre âme et qu’on fasse du village un objet commercial victime de son succès », prolonge Elvire Fischer, qui tient la boulangerie, l’un des rares commerces de la commune avec le restaurant. « Mais c’est quand même une belle satisfaction d’avoir gagné. C’est une reconnaissance. Pour une fois, on est plus en vue que les villages de la Route des Vins. »

Née dans la commune, Monique y est revenue à la retraite.
Née dans la commune, Monique y est revenue à la retraite. - T. Gagnepain / 20 Minutes

De la à être autant fréquenté que Riquewihr, Ribeauvillé ou Colmar, le chemin est encore long pour Hunspach. L’an dernier, 2.000 visiteurs se sont présentés à l’office du tourisme de la commune. « J’ai aussi eu 1.000 personnes en visites guidées », ajoute Béatrice Kehrli en montrant le chalet qui est en passe d’ouvrir sur la place, en face de l’école. « Ce sera un bureau d’accueil pour les touristes », précise le maire Bertrand Wahl. « Vous voyez, on se prépare à ce qu’ils arrivent ! ».