Strasbourg : L’IGPN saisie après des violences policières sur un jeune Guinéen

JUSTICE L’enquête de l’Inspection générale de la police nationale vise trois policiers

Thibaut Gagnepain (avec G.V.)

— 

Un agent de police (illustration).
Un agent de police (illustration). — C. Girardon / 20 Minutes
  • Le parquet de Strasbourg a saisi l’IGPN concernant des violences policières sur un homme de 21 ans.
  • Celui-ci aurait reçu plusieurs coups, notamment au niveau de la tête. Ces actes sont visibles sur la vidéosurveillance de l’hôtel de police.
  • L’avocate du prévenu avait demandé lors de l’audience en comparution immédiate le visionnage de ces images.

L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie mercredi matin par le parquet de Strasbourg. Une enquête a été ouverte « du chef de violences commises par un dépositaire de l’autorité publique », a indiqué le parquet ce jeudi, confirmant une information des Dernières nouvelles d'Alsace.

Cette enquête porte sur des violences policières qui auraient eu lieu dans la nuit du mercredi 27 au jeudi 28 mai dans la capitale alsacienne, à la suite de l’interpellation d’un homme pour un prétendu vol de vélo. Ces actes ont été mis au jour grâce aux enregistrements des caméras de vidéosurveillance de l’hôtel de police. Leur visionnage a été demandé mardi par l’avocate du prévenu, un homme âgé de 21 ans d’origine guinénne. Il était alors en pleine audience de comparution immédiate.

« Qu’a fait mon client ? Rien »

« Sur cette vidéo, on voit très bien mon client être démenotté puis violemment frappé au niveau de la tempe par un policier. Puis il le pousse violemment contre une porte avant que ses collègues n’interviennent », assure à 20 Minutes Maître Kaoutare Choukour. « Qu’a fait mon client ? Rien, il a juste levé son coude pour se défendre. On le voit marcher au ralenti, d’un calme olympien. Il n’était pas du tout agressif comme j’avais pu lire dans le procès-verbal. »

Dans celui-ci, on peut lire qu’un fonctionnaire se serait luxé l’épaule à forcer de tenter de maîtriser le prévenu. « Oui, le médecin a bien constaté sa luxation mais ce n’est pas dû à l’agressivité de mon client. C’est plutôt en le frappant », accuse l’avocate qui affirme également que « le médecin a constaté les blessures à la tête de mon client et elles sont conformes à la version qu’il défend depuis le début. »

« Scandaleux »

C’est face à l’opposition des déclarations que Maître Kaoutare Choukour avait demandé en pleine audience le visionnage de l’extrait de vidéosurveillance. « C’est très rare qu’on les voie et c’est peut-être pour ça que le policier qui a commis ces actes croyait s’en tirer », estime-t-elle, satisfaite de son petit effet. « Après avoir vu ça, il y a eu des cris dans la salle. »

Le prévenu a aussi été acquitté dans la foulée. Mais il serait toujours détenu à la maison d'arrêt de l’Elsau. « Il devait récupérer ses affaires mais une autre décision de justice qui date de 2018 a fait sauter sa peine aménageable de trois mois de prison. C’est ce qu’il se passe quand on évoque des violences policières. C’est scandaleux », accuse l’avocate, qui ne compte pas en rester là.

Les investigations de l’IGPN viseront, elles, trois fonctionnaires. L’auteur présumé des coups, la policière qui l’accompagnait et a témoigné en sa faveur ainsi que leur collègue qui a rédigé le procès-verbal. Jointe, la police n’a pas souhaité s’exprimer.