Municipales 2020 à Strasbourg : Clash, coup de poker, alliance, le second tour compte trois candidats

POLITIQUE Les candidats aux élections municipales 2020 à Strasbourg avaient jusqu’à ce mardi 18h pour déposer leur candidature en préfecture pour le second tour. Après d’âpres discussions, un clash entre le PS et les écologistes et une incroyable alliance LREM/LR, voici les forces en présence

Gilles Varela

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Elections municipales 2020.Illustration. Dans un bureau de vote au temps du coronavirus. Strasbourg le 15 mars 2020.
Elections municipales 2020.Illustration. Dans un bureau de vote au temps du coronavirus. Strasbourg le 15 mars 2020. — G. Varela / 20 Minutes
  • Le dépôt des listes pour le second tour des élections municipales est clos depuis ce mardi 18h.
  • Surprise et coup de tonnerre. Après de vaines négociations, tentatives, Jeanne Barseghian (EELV) et Catherine Trautmann (PS) se fâchent et ne feront pas alliance. Alain Fontanel (LREM) et Jean Philippe Vetter (LR) présentent au dernier moment une liste commune pour le 28 juin prochain, jour du second tour des municipales.

Coup de théâtre entre écologistes et socialistes, coup de poker pour LREM et LR. La douce campagne électorale pour les municipales à Strasbourg s’emballe. Jusqu’au dernier moment ce mardi, le suspense restait entier.Les quatre candidats ayant remporté plus de 10 % des suffrages exprimés au premier tour ont négocié âprement un possible rapprochement en vue du second tour. Car il faut le rappeler, hormis l’écologiste Jeanne Barseghian arrivée en tête, les trois autres candidats se tiennent dans un mouchoir de poche. Le tout sur fond d’abstention record.

Il a fallu attendre deux conférences de presse inattendues en plein air, quasi simultanées et à quelques centaines de mètres l’une de l’autre, des candidates écologistes et socialistes, pour lever une partie du voile. Une situation ubuesque qui a enterré (pour longtemps probablement) une éventuelle entente entre les deux listes. Autre rebondissement majeur, l’alliance de dernière minute (?) entre Alain Fontanel (LREM) et Jean Philippe Vetter (LR). Alors que ce dernier semblait indiquer depuis hier ne vouloir aucune fusion, les deux candidats ont déposé 15 minutes avant la clôture une liste commune. Une manœuvre habile ? Un coup de poker ? Opportuniste ? Du jamais vu à Strasbourg…

Le clash écologiste et socialiste

Avec 27,87 % des voix récoltées au premier tour, Jeanne Barseghian, la candidate écologiste, semblait avoir une certaine assise. Mais la crise du Covid-19 s’est invitée depuis à la fête… Pour assurer ses arrières, restait éventuellement à convaincre la socialiste  Catherine Trautmann, arrivée en troisième position avec 19,77 % des voix, de s’allier à elle. D’ailleurs, depuis plusieurs jours, les mains tendues à l’adresse de la candidate PS se sont multipliées : déclaration, tribune d’élus de gauche, la route semblait presque toute tracée. En apparence…

Furieuse d’avoir été « considérée comme une simple force d’appoint mais pas comme une liste partenaire », Catherine Trautmann dénonce entre autres le peu d’égard dont a témoigné la candidate écologiste Jeanne Barseghian. Cette dernière affirme en revanche avoir « travaillé sans relâche à essayer de trouver un accord » mais reconnaît l’échec des négociations, « et ce malgré les offres multiples, équilibrées et respectueuses que nous avons mises sur la table. » Selon elle, les écologistes auraient proposé une troisième place à Catherine Trautmann et d’intégrer sur la liste fusionnée les colistiers de la liste PS « à la proportionnelle des scores du premier tour ». En outre, la candidate EELV s’est dite opposée à la « distribution » du poste de la présidence de l’eurométropole entre Strasbourgeois. Un point de discorde supplémentaire, sur la forme comme sur le fond, qui a fait capoter les discussions. « Je n’avais pas demandé la présidence de l’eurométropole, juste le soutien de sa majorité à ma candidature. Elle ne m’a pas répondu, a expliqué pour sa part Catherine Trautmann. De toute façon, j’avais vite compris qu’il ne fallait plus parler de la présidence, elle l’avait déjà promise à quelqu’un de sa liste. »

Très remontée, l’ex-maire de Strasbourg a dénoncé l’attitude même de Jeanne Barseghian et lui reproche son manque de collaboration. « Il ne peut y avoir une liste commune sans aucun accord de confiance ni soutien, je n’ai jamais connu ça ! Sur un mandat, ça aurait été difficile de tenir comme ça. » L’actuelle vice-présidente de l’eurométropole soupçonne même Jeanne Barseghian d’avoir « joué la montre » pour « leur faire porter l’échec de l’union ». En négociant au rabais, Jeanne Barseghian a visiblement fait enrager la liste de Catherine Trautmann. « Je déteste qu’on nous prenne pour des idiots et qu’on nous marche sur la tête. J’ai cru revoir des pratiques du vieux PS », a encore déclaré l’ex-ministre.

Un accord sur le fil LREM et LR

Coup de tonnerre encore ce mardi, 15 minutes avant la fin de dépôts des listes. Actuel premier adjoint au maire, Alain Fontanel (LREM), arrivé en deuxième position lors du premier tour avec 19,86 % des suffrages, très discret depuis sur ses intentions, s’est finalement allié avec Jean-Philippe Vetter, candidat LR. Ce dernier feignait encore cet après-midi, avant l’annonce de Barseghian Trautmann, de vouloir faire cavalier seul avec ses 18,26 % des voix. Il sera finalement n° 3 sur la liste, la n°2 étant une personne très proche aux deux listes. « L’équilibre est total », assure le candidat. « Face à la crise, il fallait s’unir et faire face au dogmatisme et à une politique doctrinaire. Là où il y avait de la défiance (EELV/PS), il y a eu de la confiance », se félicite encore Jean-Philippe Vetter. Un rapprochement entre les deux hommes, souhaité par certains, qui va certainement peser très lourd dans la balance le 28 juin prochain, mais surtout susciter des regrets pour d’autres…

Les Strasbourgeois auront le choix entre trois candidats. Les élections municipales sont donc largement ouvertes. Mais à la fin, il n’en restera qu’un… Reste à savoir si les électeurs feront le déplacement pour cette affiche inédite.