Match de foot inter-quartiers à Strasbourg : « C’était un très bon match ! » Des habitants du quartier des Poteries ne regrettent rien

REPORTAGE Près de 400 personnes se sont rassemblées dimanche dans un quartier de Strasbourg pour un match de foot inter-quartiers, « 20 Minutes » est allé à leur rencontre ce lundi matin

Gilles Varela

— 

Stade Paco Mateo à Koenigshoffen
Stade Paco Mateo à Koenigshoffen — G. Varela / 20 Minutes
  • Près de 400 personnes ont assisté dimanche à un match inter-quartiers sur un stade du quartier des Poteries à Strasbourg, malgré l’interdiction de rassemblement de plus de dix personnes pour éviter la propagation du Covid-19.
  • Dans le quartier, de nombreux riverains du stade tout comme des participants rencontrés par « 20 Minutes » assurent ne pas avoir peur du virus et des conséquences éventuelles de tels rassemblements.

Coincé entre de petits immeubles populaires et un quartier pavillonnaire, le stade Paco-Mateo dans le quartier des Poteries à Strasbourg a retrouvé son calme. Rien à voir avec les images qui ont circulé ce dimanche sur Internet. Une vidéo notamment où l’on pouvait apercevoir deux équipes de foot s’affronter, sous les encouragements de 300 à 400 personnes environ, des jeunes essentiellement.

Une rencontre non autorisée évidemment en ces temps de crise sanitaire, où les rassemblement de plus de 10 personnes sont interdits. Pas de gestes barrières, pas de distanciation sociale, mais des cris de joie de supporteurs agglutinés autour du stade et des encouragements à tout va. « L’ambiance des grands jours, presque comme à la Meinau, avec des pétards et tout », assure un habitant. Le port du masque éventuellement ? « J’en mets déjà pas dans le tram alors là, pas besoin » fanfaronne le jeune Igor qui se balade devant le stade. Pour l’heure, c’est plutôt la présence d’une chaîne de télévision qui interpelle : « T’as vu ? C’est abusé ! » rigole un autre.

Côté police nationale, on rigole moins. Elle est arrivée une fois l’évènement quasi terminé. Un riverain, une personne âgée témoin de la scène, estime que c’était « une décision intelligente. Ils sont restés un peu à l’écart. Ce n’était pas la peine d’enflammer la situation, il y avait une bonne ambiance, c’était bon enfant, sans débordement ou bagarre. »

Quelques CRS sont restés sur place pour s’assurer que le rassemblement ne se reforme pas. « Personne n’a appelé le 17, il n’y a pas eu d’interpellation pour l’instant ou de verbalisation. Quelques contrôles seulement », assure une source policière. « Une enquête est ouverte pour identifier les organisateurs de l’évènement. Les images de vidéosurveillance et les appels sur les réseaux sociaux sont en cours d’analyse et certaines personnes seront "invitées" à venir s’expliquer », pointe cette même source. Pour l’instant, l’infraction se résume au non-respect d’un arrêté.

Une rencontre « appréciée »

Si la situation a choqué également des élus qui craignent un nouveau cluster, dans le secteur du stade, des riverains ou participants que nous avons rencontrés sont loin d’être inquiets. Konan, 16 ans, reconnaît qu’ils étaient trop nombreux. « Au début, il n’y avait que les joueurs et quelques supporters. Mais c’est après, ça arrivait de partout. »

Peur des postillons ? Des contacts ? De rentrer à la maison et de contaminer sa famille ? Aucunement. « Bon c’est vrai qu’on était serré mais en rentrant je me suis bien lavé les mains. Ça risque rien », pense le jeune homme. Dimitri, un père de famille âgé de 26 ans, est à peine plus inquiet. « C’est vrai qu’il faut faire ce qu’a dit monsieur Macron et qu’il faut respecter, mais le foot c’est leur passion, c’est bien aussi, c'est la seule animation ici. »

Stade Paco Mateo à Koenigshoffen
Stade Paco Mateo à Koenigshoffen - G. Varela / 20 Minutes

Un riverain immédiat du stade, âgé de 68 ans et qui se décrit comme une personne à risque, raconte : « Au début, j’ai vu ça depuis ma fenêtre avec les yeux écarquillés. Et puis j’ai regardé le match depuis ma fenêtre. Le niveau était bon. C’était un très bon match ! ». D’ailleurs, le sexagénaire a reparlé de l’évènement ce matin, brièvement avec quelques voisins… Tous ravis de la qualité du match.

Un problème sanitaire ? Un brin philosophe, il préfère parler de « la nonchalance des jeunes. » Des risques ? « Les jeunes en prennent tout le temps, dans leur profession, dans la vie. C’est une roulette. On se sent au-dessus de tout mais c’est vrai qu’en France on est un peu rebelle aussi. Le foot, après deux mois de confinement, c’est leur apéro à eux », disserte le sexagénaire.

Même avis pour Alfred, un père de famille qui habite dans un des immeubles jouxtant le stade. Il a entendu les cris, la fête. « C’était la joie, la vie doit reprendre, il n’y a pas de danger. Faut arrêter de dire n’importe quoi. Les jeunes sont restés confinés, il n’y avait rien à faire. Ce match, c’était un succès, j’espère qu’il y en aura d’autres. » Pas sûr que ces avis soient partagés par les autorités ou le personnel hospitalier...