Déconfinement à Strasbourg : Les ateliers d'autoréparation de vélos relèvent le défi des gestes barrières

REPORTAGE Réparer son vélo soi-même dans les ateliers associatifs, ça reste possible, à condition de porter un masque et de nettoyer les outils

Charles Montmasson

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Dans l'atelier de Bretz'selle, des flèches au sol indiquent le sens de circulation.
Dans l'atelier de Bretz'selle, des flèches au sol indiquent le sens de circulation. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • Avec la reprise des activités et les 50 euros promis par le gouvernement pour l'entretien des vélos, les ateliers d'autoréparation strasbourgeois ont reçu de nombreux appels cette semaine
  • Prévoyant un afflux, ces associations ont allongé leurs heures de permanence et mis en place des règles sanitaires
  • Pour l'instant, le mauvais temps n'a pas encouragé une ruée vers les ateliers

Gestes barrières et atelier coopératif… A priori, les deux concepts ne vont pas ensemble. « Pour leur montrer les bons gestes de réparation, nous devons nous approcher des adhérents », rappelle Isabelle Gillot, présidente de l’association Vélostation, dans le quartier de Neudorf, à Strasbourg. Ici, on vient pour recevoir des conseils autant que partager des outils. Alors, des règles strictes ont été mises en place dès la réouverture de l’atelier, mardi.

« Le masque est obligatoire, et les bénévoles portent en plus un écran anti-postillons, indique la présidente de l’association. Nous recevons les personnes à la porte, et on fait un petit diagnostic de leur vélo. Ensuite, elles suivent les marquages au sol. Dans l’atelier, tous les outils utilisés sont laissés sur l’établi de façon à ce qu’on les nettoie ou remplace, pour les nettoyer plus tard. » Se laver les mains est obligatoire, à l’arrivée et au départ.

Un coup de pouce de 50 euros

Pour éviter une trop grande affluence à l’intérieur, seuls cinq pieds de réparation ont été conservés sur 164 m2, et deux ou trois bénévoles sont prévus pour assurer les permanences, contre quatre ou cinq en temps normal. Les mesures sont contraignantes, mais il fallait rouvrir au plus vite pour accompagner les adhérents (près de 1.400) dans leur déconfinement. « Beaucoup d’entre eux utilisent le vélo pour le travail, ils ont notamment besoin de régler leurs freins », décrit Isabelle Gillot. Onze personnes sont venues mardi, jour de réouverture.

Les horaires d’ouverture ont été allongés en prévision d’une forte demande. D’autant que le coup de pouce gouvernemental de 50 euros pour faire entretenir son vélo suscite des vocations. « Le téléphone n’arrête pas de sonner depuis lundi, mais je rappelle aux gens que nous sommes là pour apprendre aux cyclistes à réparer et entretenir leur vélo eux-mêmes, souligne la présidente de Vélostation. Ceux qui ne veulent pas mettre les mains dans le cambouis, je les dirige vers un professionnel du cycle. »

De nombreux appels dès la semaine dernière

Car les 50 euros, selon elle, peuvent permettre d’acheter des pneus neufs dans un magasin, par exemple. D’autant plus qu’ils doivent être dépensés en une seule fois. Quelques rendez-vous ont en revanche été pris avec des personnes qui s’intéressent à la démarche de l’atelier, et pourraient adhérer à l’association.

Dans le centre-ville, rue des Bouchers, l’atelier Bretz’selle a lui aussi reçu de nombreux appels, dès la semaine dernière, en vue du déconfinement. « Nous avons eu beaucoup de demandes d’informations de la part de gens qui ne connaissaient pas l’existence de l’atelier d’autoréparation et qui nous découvrent grâce au dispositif coup de pouce », a constaté Coline Trautmann, salariée de l’association qui compte 1.300 adhérents.

Chacun lave ses outils

Selon elle, ce dispositif est le signe d’un changement positif « dans la prise en compte du vélo » : « C’est la réparation qu’on a besoin de soutenir, pas l’achat de vélos neufs. Une paire de patins de freins neufs, c’est 5 euros. Recevoir 50 euros, ça peut faire toute la différence pour un particulier. »

Chez Bretz’selle aussi, des règles de précaution sanitaires ont été mises en place. « Le masque est obligatoire, on en propose à prix libre pour ceux qui n’en auraient pas, précise Coline Trautmann. Deux espaces de travail extérieurs ont été installés : un pour les rustines, et un pour la vente de vélos d’occasion aux adhérents. A l’intérieur, l’espace de travail a été réduit de moitié. » Une porte d’entrée, une porte de sortie sont prévues, et le lavage des mains est obligatoire. Et pour les outils ? « Chacun a sa caisse, et doit laver ses outils à la fin. »

Quatre jours de mauvais temps

Malgré les attentes, on ne constatait pas mercredi de ruée vers les ateliers strasbourgeois, contrairement à ce qui se passe dans certains magasins. « Les gens qui se sont un peu éloignés du vélo ne vont pas prendre le risque de rouler un jour de pluie, fait remarquer Coline Trautmann. Il faut espérer que les quatre jours de mauvais temps n’auront pas fait retomber leur motivation. » L’absence des étudiants se fait également sentir. Mardi, une vingtaine de personnes sont venues à l’atelier, hors adhérents.

Dans les prochains jours, la salariée de Bretz’selle s’attend à recevoir de nouveaux convertis à l’autoréparation : « Nous leur expliquons que l’objectif, c’est l’autonomie, pas de vendre des produits. Il y a une demande d’accompagnement humain. » Un sport collectif, le vélo ? Avec un masque, pourquoi pas.