Coronavirus à Strasbourg : Les opérateurs du Samu envoient des consignes médicales par SMS

SANTÉ Créée en quelques jours par des bénévoles, une plate-forme a aidé les opérateurs du 15 à faire face à l'afflux des appels liés au virus

Charles Montmasson

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Des opérateurs du Samu, à Créteil, en région parisienne (illustration).
Des opérateurs du Samu, à Créteil, en région parisienne (illustration). — THOMAS SAMSON / AFP
  • Pendant le pic de l'épidémie, les opérateurs du 15 ont reçu jusqu'à mille appels par jour à Strasbourg, deux fois plus qu'en temps normal
  • A l'initiative d'un médecin des urgences de Strasbourg, la plate-forme web Regul'aid a été créée pour améliorer le traitement des appels
  • Du 31 mars au 14 avril, cet outil disponible gratuitement a permis l'envoi de 800 SMS de consignes médicales 

« Bonjour, voici les consignes à appliquer suite à votre appel au Samu 67… » Après avoir décrit vos symptômes à l’opérateur du 15, un SMS arrive sur votre téléphone avec les préconisations médicales du Samu. Un lien vers un questionnaire d’autosurveillance vous permet de savoir s’il faut rester chez vous, appeler votre médecin ou rappeler les secours.

Pendant deux semaines, entre le 31 mars et le 14 avril, ce système baptisé Regul’aid a aidé le Samu de Strasbourg à gérer l’afflux des appels : plus de 1.000 par jour, le double du nombre habituel. « Un appel sur trois liés au coronavirus a engendré l’envoi de consignes, avec 800 messages envoyés pendant cette période », détaille Sébastien L’Hoste, designeur numérique. Sachant qu’on peut aussi refuser la proposition de recevoir des SMS.

L’appel d’un médecin de Strasbourg

Le système permet de traiter plus d’appels, mais aussi de laisser des consignes écrites aux usagers. « Des études montrent qu’entre un médecin et son patient, seulement 10 % du message qui passe oralement reste dans la mémoire du patient », fait valoir Sébastien L’Hoste.

C’est Thierry Pelaccia, urgentiste à Strasbourg, qui a soumis l’idée de départ aux participants du Health Factory Hackathon, un appel à contribution de professionnels du numérique sur le thème de la santé. Le développeur Thomas Litt, à Strasbourg, la product manager Nathalie Molines, à Lyon, et Sébastien L’Hoste, à Bordeaux, ont répondu à son appel.

Un outil créé « en deux jours »

« Le rassemblement n’était plus possible à cause de l’épidémie, mais nous avons travaillé à distance, raconte Sébastien L’Hoste. L’idée était très simple techniquement, c’était dommage que ça n’existe pas. Nous avons développé la plate-forme en deux jours, et on a passé une semaine avec les gens du terrain pour voir si ça correspondait à leur manière de travailler. En huit jours, c’était opérationnel et utilisé par le Samu de Strasbourg. »

L’envoi de SMS est pour l’instant suspendu, avec la nette diminution du nombre des appels au Samu. « Même si on espère le contraire, le système pourrait retrouver une utilité avec la période de déconfinement », explique Sébastien L’Hoste. En cas de nouveau pic d’épidémie, le Samu de Strasbourg serait alors prêt à faire face à un autre d’afflux d’appels au 15.

Proposé gratuitement à tous les Samu de France

Travaillant bénévolement, les créateurs de Regul’aid proposent leur plate-forme aux autres Samu de France, gratuitement. Selon eux, l’installation ne prend que quelques heures. « Ensuite, c’est extrêmement simple d’utilisation, présente le designeur numérique. L’opérateur entre un numéro de téléphone, coche la consigne qu’il souhaite envoyer. C’est un médecin qui prend la décision du contenu des consignes et qui peut les faire évoluer. On pourrait imaginer, à terme, une bibliothèque nationale des consignes, avec des textes mis à disposition par le ministère de la Santé… »

En attendant, Regul’aid participe à un appel à projets du ministère des Armées, doté de 10 millions d’euros, pour des initiatives permettant de lutter contre la pandémie. Plus tard, ce système pourrait être étendu à la prise en charge d’autres maladies.