Municipales 2020 à Strasbourg : Que révèle le choix des locaux de campagne sur les candidats ?

POLITIQUE « Ouvert, convivial, pratique » mais aussi « bobo, bourgeois, loin des quartiers, inutile »… Quels messages font passer les locaux de campagne des candidats aux municipales à Strasbourg ?

Gilles Varela

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Les locaux de campagne des candidats aux élections municipales 2020 à Strasbourg. Dd gauche à droite (Vetter, Barseghian, Trautmann, Fontanel).
Les locaux de campagne des candidats aux élections municipales 2020 à Strasbourg. Dd gauche à droite (Vetter, Barseghian, Trautmann, Fontanel). — G. Varela / 20 Minutes
  • Seuls quatre des principaux candidats ont ouvert un local de campagne pour les élections municipales 2020 à Strasbourg.
  • Tous le veulent accessible, visible, facilement identifiable et suffisamment grand pour accueillir les colistiers, des ateliers de travail mais aussi faire passer un message clair aux électeurs.

C’est le local de campagne qui a pour l’instant, bien involontairement, attiré l’attention. Il fait les frais des manifestations contre la réforme des retraites. Placé quai des Bateliers, le « QG » du candidat LREM Alain Fontanel est régulièrement submergé par une vague d’autocollants qui recouvre son portrait affiché en vitrine, voire de tags qui n’ont rien à voir avec les élections municipales.

De toute évidence, le candidat LREM subit le mouvement de contestation « anti Macron ». C’est « un local de bobo » peut-on encore entendre. Nommé « La Fabrique », il est toujours ouvert, convivial et décoré dans l’air du temps. Il est situé sur le quai qui délimite le quartier de la Krutenau, présenté par LREM comme « jeune, étudiant, mixte et dynamique » et l’hypercentre. Mais ce positionnement est surtout, affirme l’équipe d’Alain Fontanel, symbolique d’un projet que le candidat a piloté en tant que premier adjoint au maire : le réaménagement du quai, sans voiture, un « succès auprès des Strasbourgeois ».

Accessible, visible, facilement identifiable et suffisamment grand pour accueillir les colistiers, des ateliers de travail, les curieux… Des conditions essentielles et un message clair selon tous les candidats (PS, LREM, LR, Ecolo & citoyenne) qui ont fait le choix d’en ouvrir un.

« Difficile de trouver un local grand et central avec un court bail »

Question visibilité, le PS a choisi de s’installer le long de la ligne de tramway la plus fréquentée de Strasbourg, rue de la Division-Leclerc… Un clin d’œil (bien involontaire) à la nouvelle tête de liste du PS, Catherine Trautmann, qui a porté le projet du tram lorsqu’elle était la maire de Strasbourg ? Ouvert sur la rue, il voit également passer les manifestants, « mais ils se sont arrêtés pour boire un café, assure Anne-Pernelle Richardot, première secrétaire du PS dans le Bas-Rhin, pas pour mettre des autocollants. C’est un endroit avec de grandes vitrines, pas barricadé… » « Froid et pas très engageant », selon d’autres candidats.

Le siège de Jean-Philippe Vetter est, lui, place Saint-Etienne, dans l’hypercentre. Les colistiers se succèdent pour des réunions de travail, « partager des moments heureux se rencontrer et discuter du programme », explique le candidat LR. « Un endroit de bourgeois » peut-on également entendre. « C’est difficile de trouver un local suffisamment grand et central avec un bail pour une si courte durée, situé au croisement de tous les Strasbourgeois, un lieu accessible pour tous », précise Jean-Philippe Vetter.

Ne pas avoir de QG, « un choix politique et économique »

Chantal Cutajar a fait, elle, le choix de ne pas ouvrir de local de campagne et « d’aller vers les citoyens, pour les entendre et mener des concertations avec eux. » Idem pour Kévin Loquais (LFI) qui regrette que « tout se passe en centre-ville, ce n’est pas cohérent ». Un avis partagé par  l’équipe d’Hombeline du Parc (RN) qui préfère « aller au-devant de tous les électeurs, où qu’ils soient. » Ces candidats organisent des rencontres, des conférences, dans divers lieux de la ville : local d’association, café, restaurant. « C’est un choix politique et économique. Il faut rééquilibrer les choses, assure Kévin Loquais. Dans les quartiers, on nous dit qu’on ne connaît pas l’adjoint au maire. Nous, on a choisi Strasbourg, toute la ville ». « Pour des gens qui se disent près de la vie des quartiers, c’est étonnant d’en être si loin, explique encore le RN.

Des arguments qui ne convainquent pas vraiment l’écologiste Jeanne Barseghian. « Avoir un local n’empêche pas d’aller aussi à la rencontre des Strasbourgeois sur leurs lieux de vie. » Celui des écologistes est placé rue du Faubourg-National, devant l’arrêt de tram, dans le quartier de la gare. « Ouvert sur la rue, avec extrêmement de passage », l’écologiste a fait le choix « d’un quartier populaire et prioritaire de la ville qui représente la diversité strasbourgeoise sous toutes ses formes. »

Qu’ils soient en centre-ville, en périphérie ou « volants », les « QG » de campagne fermeront leurs portes dans un mois et demi.