Alsace : Une agence immobilière casse sa commission, ses concurrents demandent à voir

IMMOBILIER Lancée par deux Strasbourgeois, l'agence 1789 immobilier casse les prix dans un secteur très concurrentiel

Thibaut Gagnepain

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Un agent immobilier (illustration).
Un agent immobilier (illustration). — POUZET/SIPA
  • Deux Strasbourgeois ont lancé une agence immobilière avec un principe : une commission de 1,789 %, pour tous les biens vendus. Un taux bien inférieur à la concurrence.
  • Comment y arrivent-ils ? En baissant notamment leurs charges fixes, comme la location ou l’achat d’un local physique.
  • Le modèle de « 1789 immobilier » est-il pérenne ? D’autres agents immobiliers en doutent.

« L’abus de commissions élevées nuit gravement à l’immobilier. » Le slogan, inspiré de celui des paquets de cigarettes, est volontairement provocateur. Avec l’agence qu’ils viennent de lancer, « 1789 immobilier », Yannick Geist et Ernest Zakharov espèrent bousculer un marché très concurrentiel.

« C’est ma compagne qui a trouvé le nom », avoue le premier nommé, natif de Strasbourg, comme son binôme. « Vu qu’on voulait réduire les commissions d’agence, elle nous a dit "vous faites la révolution, donc prenez 1789". Et voilà. » Les deux associés ont donc décidé d’établir un taux fixe de 1,789 % à chaque mandat. Bien loin des 5 % voire 7-8 % de commissions que réclament la plupart de leurs concurrents.

Yannick Geist (à gauche) et Ernest Zakharov.
Yannick Geist (à gauche) et Ernest Zakharov. - 1789 immobilier

Pourquoi une si faible marge ? « J’ai travaillé pour une agence classique pendant quatre ans et à chaque fois que je signais une vente chez le notaire, j’étais gêné quand il lisait la somme qui me revenait, rembobine Yannick Geist. J’éprouvais un sentiment d’injustice, je me disais que mon travail ne méritait pas tout ça. Là, on permet notamment à des vendeurs de ne pas passer leur bien dans la catégorie supérieure de prix. »

« On doit jouer sur le volume »

Après un mois d’existence, six leur ont pour l’instant confié un mandat. « Nous sommes en train de régler une première affaire », explique le spécialiste de l’immobilier, qui sait qu’il devra enchaîner les ventes s’il veut bien vivre. « C’est sûr, on doit jouer sur le volume. Là où un agent commercial peut faire trois ou quatre ventes par an de maisons à 400.000 euros pour bien vivre, nous on est obligé d’en faire quatre par mois. »

Le tout en tentant de réduire au maximum leurs postes fixes de dépense. Chez « 1789 immobilier », il n’y a ainsi pas d’agence physique. « Tout est dématérialisé et on ne diffuse nos annonces que sur leboncoin et seloger.com, pas sur tous les autres », reprend le cofondateur, conscient que leur modèle pourrait faire grincer des dents dans le milieu.

« Ça ne me paraît pas viable »

« Je dis pourquoi pas mais ça me paraît économiquement compliqué », estime ainsi Christophe Kleinas, de 3 %. com. « Moi, je m’en sors avec une commission qui est déjà faible mais plus bas, il faut voir car il y a énormément de charges dans notre métier et tous les mois, on est face à une feuille blanche. Il faut sans cesse rentrer des biens et la concurrence est énorme. Je ne suis pas non plus certain qu’ils fassent exactement le job d’agent immobilier et ne délèguent pas des visites aux propriétaires. »

Un argument repris par son confrère Marc Windheiser, responsable de l’agence Orpi à la Robertsau : « Il faut voir ce qu’ils proposent exactement comme services. S’il faut par exemple soi-même demander le pré-état daté, c’est cher payé. Et si leur service est complet, ça ne me paraît pas viable. »

« On fait exactement le même travail que les agences traditionnelles, seule la commission change », leur répond Yannick Geist. Autre doute soulevé par ses concurrents : les difficultés de recrutement de futurs collaborateurs, « car il n’y aura pas grand-chose à partager. » Le duo n’en est par encore là. « Notre départ est correct mais on le sait, on ne va pas se faire que des amis », conclut avec le sourire le cofondateur de 1789 immobilier. Sauf chez les clients peut-être.