Alsace : On vous dit tout sur les pétards du Nouvel An

FESTIVITES Les pétard en Alsace sont une tradition bien ancrée lors du Nouvel An. Mais leur utilisation conduit parfois aux urgences voire peut devenir dramatique

Thibaut Gagnepain

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Des pétards en vente en France, dont les célèbres « Bison », à droite.
Des pétards en vente en France, dont les célèbres « Bison », à droite. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • Au Nouvel An en Alsace, des milliers de personnes font exploser des pétards dans la rue. Pourquoi ? On a tenté de connaître l’origine de cette tradition.
  • Quels pétards sont autorisés ? Que risque-t-on ? Peut-on aller les chercher en Allemagne ? On fait le tour de ces questions.
  • Chaque année, cette tradition conduit à des accidents. Parfois même des décès.

L’année 2020 va être accueillie comme les précédentes en Alsace : avec des explosions de pétards un peu partout. C’est devenu une tradition dans la région, où beaucoup se retrouvent dans les rues le temps d’épuiser leurs stocks. Pourquoi ? Ont-ils le droit ? Quelles sont les conséquences, parfois dramatiques ? 20 Minutes fait le tour de la question.

D’où vient cette pratique ?

« Je ne sais pas quand les pétards sont apparus mais jusqu’au début du XXe siècle, il était d’usage de tirer des coups de feu en l’air », répond Marie Pottecher, la conservatrice du Musée alsacien. « Il faut faire du bruit pour chasser la vieille année », complète la conteuse strasbourgeoise Jeanne Loesch, visiblement peu renseignée sur le sujet. « Les pétards font partie de la tradition, c’est comme ça ! Allez vivre la Saint-Sylvestre en Allemagne ou dans d’autres pays, vous verrez que l’Alsace n’est pas une exception. »

Que dit la loi ?

La législation diffère selon les âges des personnes. Pour les moins de 12 ans, c’est simple : la vente et la détention de pétards leur sont interdites. Jusqu’à 18 ans, seuls les artifices « de catégorie 1 » peuvent être utilisés. « C’est les plus petits », résume un vendeur d’une boutique strasbourgeoise en sortant plusieurs paquets. Dont les fameux « Bison 5 », qui sont eux répertoriés F3, soit en 3e catégorie, et donc réservés uniquement aux adultes. Comme les F2. « Au moment des fêtes de fin d’année, la réglementation est plus restrictive », précise Jean-Christophe Schneider, directeur des sécurités à la préfecture du Bas-Rhin. « A ce moment-là, les artifices de 3e catégorie qui disposent d’un dispositif de propulsion sont interdits. » Soit les fusées, les chandelles ou les mortiers, bannis par un arrêté préfectoral du 2 décembre jusqu’au 5 janvier 2020.

Que risque-t-on en cas d’abus ?

En temps normal, faire exploser un pétard en pleine nuit peut constituer une infraction pour tapage nocturne. « Il y aura une tolérance le 31 décembre, comme le 14 juillet », prévient le commissaire Bolli, avant de développer. « On part du principe que les gens pourront faire la fête. On les laissera faire à un niveau acceptable, jusqu’à siffler la fin de la récréation. A 3h du matin par exemple, la fête sera finie. » L’officier de police rappelle quand même que tout abus sera puni, même ce soir-là. « On pourra sanctionner pour non-respect d’un arrêté préfectoral. Et s’il y a une dégradation de boîte aux lettres, ce sera une contravention de 5e classe qui peut monter jusqu’à 1.250 euros d’amende. Si un pétard devient dangereux pour des personnes, on sera alors dans le délit. Ça peut mener à plusieurs années de prison. »

Quelles sont les conséquences, parfois graves ?

Le réveillon 2013 avait été dramatique. Ce soir-là, deux hommes de 20 et 24 ans étaient morts à cause d’un engin pyrotechnique. A la dernière Saint-Sylvestre, 9 personnes ont été blessées à Strasbourg. Dans plus de la moitié des cas, les victimes sont touchées au niveau des mains. « Les gens viennent pour des plaies, des brûlures, des fractures mais aussi pour des doigts arrachés », détaille la professeuse Sybille Facca, chirurgien à SOS Mains à l’hôpital Hautepierre de Strasbourg. En vue de cette nuit où « entre quinze et vingt personnes se présentent, dont environ une dizaine qui doit aller au bloc opératoire », les effectifs de la structure « seront doublés ».

La professeur Sybille Facca, chirurgien à SOS Mains à l'hôpital Hautepierre de Strasbourg.
La professeur Sybille Facca, chirurgien à SOS Mains à l'hôpital Hautepierre de Strasbourg. - T. Gagnepain / 20 Minutes

Peut-on aller acheter des pétards en Allemagne ?

Chaque année, c’est la ruée vers l’est. Beaucoup traversent le Rhin afin d’aller chercher des pétards en Allemagne. La législation y est moins contraignante et les « explosifs », plus variés, se vendent un peu partout. « Il est autorisé d’acheter des pétards à l’étranger mais pas de les importer, sauf autorisation spéciale », rappelle pourtant Estelle Rocklin, directrice des services douaniers à Strasbourg. Elle promet d’ailleurs des « contrôles renforcés dans les prochains jours ». « Nous irons sur les ponts, dans les trams mais aussi vérifier le fret express ou postal pour ceux qui auraient commandé par Internet », annonce l’inspectrice. En 2018, ses services avaient procédé à la saisie de « plus de 300 kg » d’artifices.