Strasbourg : Le diplôme des étudiants pourrait-il avoir moins de valeur à l'avenir?

UNIVERSITE Le texte, qui met en place une nouvelle organisation territoriale des services académiques, inquiète élus alsaciens et associations étudiantes 

Nils Wilcke

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Des étudiants (Illustration).
Des étudiants (Illustration). — G.Varela/20 Minutes
  • Strasbourg n'aura plus de chancelier des universités, remplacé par un recteur délégué, qui rendra compte au recteur de région. 
  • Le décret qui met en place cette nouvelle organisation territoriale des services académiques, inquiète des élus alsaciens qui craignent une perte d'influence de l'université de Strasbourg. 
  • Si Strasbourg perd de l'influence, la valeur du diplôme des étudiants en sera d'autant impactée, explique un élu strasbourgeois. 

Les étudiants de Strasbourg doivent-ils avoir peur pour la valeur de leur diplôme ? C’est la crainte de plusieurs élus d’ Alsace après la parution d’un décret qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2020. Le texte, qui met en place une nouvelle organisation territoriale des services académiques décidée en 2016, transfère la chancellerie des universités de l’ensemble de la région Grand Est au rectorat de Nancy-Metz. Autrement dit, Strasbourg n’aura plus de chancelier des universités, remplacé par un recteur délégué, qui rendra compte au recteur de région.

« On sait très bien que ce budget est stratégique »

Jusqu’à présent, le chancelier des universités, qui représente l’Etat, était aussi le recteur d’académie. L’actuelle titulaire du poste, la rectrice de Strasbourg, Sophie Béjean, avait aussi la main sur le budget des rectorats du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Sollicitée, cette dernière relativise la portée du décret. « Cette somme ne représente que 2 % des 1,8 milliards d’euros de budget annuel dont j’ai la charge », indique-t-elle à 20 Minutes.

Les élus que nous avons interrogé ne sont pas d’accord. « La rectrice se fiche du monde, réagit Patrick Hetzel, député du Bas-Rhin (LR), on sait très bien que ce budget de fonctionnement est stratégique, elle perd la main sur les 700 fonctionnaires des rectorats du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Elle va devenir une sorte de rectrice "Canada dry" », déplore le parlementaire, également ancien recteur d’académie.

« La valeur du CV des étudiants strasbourgeois s’estompera »

Plus grave, selon d’autres élus sollicités par nos soins, à terme, cette décision pourrait pénaliser les étudiants. « Cette décision aura un impact sur les étudiants actuels car leur diplôme les accompagne tout au long de leur carrière », avance pour sa part le conseiller municipal (LR) Jean-Philippe Vetter. Les conséquences seront donc visibles concrètement à moyen terme. Si le rayonnement d’une université s’estompe avec le temps, la valeur du CV des étudiants strasbourgeois s’estompera également », souligne l’élu. « Les universités sont des établissements autonomes qui délivrent des diplômes nationaux, rien ne change à ce niveau », répond la rectrice Sophie Béjean.

Et les étudiants, que pensent-ils de cette mesure ? Passée relativement inaperçue, elle n’en inquiète pas moins l’Afges, l’une des principales associations étudiantes à Strasbourg. « Nous serons extrêmement vigilants sur le transfert des compétences car les universités de Lorraine et de Strasbourg ne fonctionnent pas sur le même modèle », détaille son président Jean-Valentin Foury. C’est déjà difficile de dialogue avec la rectrice à Strasbourg, alors à Nancy-Metz… ». Reste qu’il faudra patienter pour apréhender les conséquences de cette petite révolution de gouvernance.