Attentat à Strasbourg : Un an après, où en est l’enquête ?

TERRORISME Des gardes à vues ont encore eu lieu début décembre, alors que cinq personnes sont toujours mises en examen

T.G. (avec T.C)

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La rue du Lazaret, en plein quartier du Neudorf à Strasbourg, où avait été abattu Cherif Checkatt le 13 décembre 2018.
La rue du Lazaret, en plein quartier du Neudorf à Strasbourg, où avait été abattu Cherif Checkatt le 13 décembre 2018. — B. Poussard / 20 Minutes.
  • Le 11 décembre 2018, le terroriste Cherif Chekatt tuait cinq personnes et faisait 27 blessés au centre-ville de Strasbourg, pendant le marché de Noël.
  • Le tueur a été abattu le 13 décembre au soir dans le quartier de Neudorf mais l’enquête se poursuit pour savoir, entre autres, qui lui avait fourni des armes.
  • Cinq personnes ont été mises en examen et sont toujours emprisonnées. 20 Minutes  fait le point sur l’enquête.

La porte de l’immeuble a depuis été changée mais des traces de balles sont encore visibles au mur. C’est là, rue du Lazaret, que s’était achevée la traque de Cherif Chekatt le 13 décembre 2018. Deux jours plus tôt, il avait semé la terreur au centre-ville de Strasbourg, tuant cinq personnes et en blessant 27 autres.

La mort du terroriste n’a pas mis fin à l’enquête sur l’attentat. Une information judiciaire a été ouverte. L’objectif ? Découvrir comment le tueur a pu se procurer des armes, en particulier ce revolver du XIXe siècle utilisé le jour du drame. L'enquête a été confié à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a été co-saisie.

Cinq personnes mises en examen

Un an après, les investigations se poursuivent. Dernier exemple en date, les gardes à vue de deux hommes, le 2 décembre dernier. Ils avaient été remis en liberté après 48 heures d’interrogatoire, sans faire l’objet de poursuite. Ce n’est pas le cas de cinq autres personnes, âgées de 19 à 79 ans, mises en examen pour association de malfaiteur terroriste et infraction à la législation sur les armes. Toutes ont été placées en détention provisoire. Il s’agit d’Audrey M., Christian H. ainsi que d’Albert, Frédéric et Stéphane B..

Que reproche-t-on à ce dernier ? « Une non-dénonciation d’infraction », selon son avocat , Me Bergmann, qui s’explique. « En clair, il y a eu, dans la cour de sa maison, une rencontre le 5 décembre entre trois hommes, dont Audrey M. et Cherif Chekatt. Mon client était chez lui et ne savait pas ce qu’il se passait. Il n’avait eu aucun contact avec eux, précise le conseil. Et le 12 décembre, un de ses enfants a reconnu Chekatt à la télé et l’a signalé à son père. Stéphane est tombé de l’armoire et a appelé Audrey M. pour lui demander ce que c’était ce bordel. » Sans prévenir les forces de l’ordre dans la foulée…

Pourquoi un tel silence ? « Je lui ai posé la question, reprend Me Bergmann. Il m’a dit que s’il avait donné cette information aux policiers, il aurait été mis en détention à la veille de Noël. » L’incarcération est arrivée le 2 février, après une garde à vue le 29 janvier. Soit aux mêmes dates que pour son frère Frédéric et leur grand-oncle, Albert, soupçonnés eux d’avoir procuré des armes au terroriste.

Un rappeur comme intermédiaire ?

Les plus lourdes charges reposent aujourd’hui sur Audrey M.. Ce rappeur strasbourgeois, bien connu dans le quartier d’Hautepierre, avait été interpellé dès le 17 décembre 2018. Il lui serait reproché d’avoir servi d’intermédiaire à Cheriff Chekatt dans sa quête d’armes. Il avait même hébergé le tueur chez lui, à Lingolsheim, quelques jours avant l’attentat…

Enfin, la mise en examen de Christian H. est liée à la perquisition qui avait eu lieu le 11 décembre au matin chez Cherif Chekatt, à Strasbourg-Koenigshoffen. Une grenade défensive, un revolver de calibre 22 long rifle chargé, des munitions et quatre couteaux avaient été découverts. Christian H., arrêté mi-mai, est lui aussi soupçonné d’avoir eu un rôle dans la fourniture de ces armes. L’enquête, loin d’être finie, pourrait permettre de le déterminer.