Strasbourg: Un salarié des Dernières Nouvelles d'Alsace se suicide au siège du quotidien régional

DRAME Les DNA ne paraîtront pas en version papier ce vendredi « en signe de deuil »

T.G. avec AFP

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La façade des Dernières Nouvelles d'Alsace, à Strasbourg.
La façade des Dernières Nouvelles d'Alsace, à Strasbourg. — Wikicommons
  • Un salarié des Dernières Nouvelles d’Alsace, le quotidien régional le plus lu d’Alsace, s’est suicidé ce matin au siège du quotidien.
  • Cela a provoqué une vive émotion au sein du journal. Le quotidien ne paraîtra pas en édition papier ce vendredi.
  • Les syndicats lient ce drame aux conditions de travail qui se dégraderaient au sein de l’entreprise. La direction se défend.

Un salarié des Dernières Nouvelles d'Alsace (DNA), propriété du groupe Ebra, s’est suicidé jeudi au siège du quotidien régional à Strasbourg, a-t-on appris auprès de la direction et des syndicats, ces derniers s’interrogeant sur un possible lien entre ce drame et les restructurations au sein du groupe.

« Nous sommes tous très touchés […] Mes pensées […] vont vers la famille, ses proches et ses collègues », a indiqué Laurent Couronne, directeur général des DNA et de L'Alsace, deux des neuf titres du groupe de presse. Une « cellule médico-psychologique a été mise en place au sein du journal », a-t-il ajouté, précisant qu’en « signe de deuil », les DNA ne seront pas imprimées jeudi soir et ne paraîtront donc pas en version papier vendredi.

Minute de silence

Le salarié, qui travaillait au service maintenance, était âgé de 43 ans et père de deux enfants. Il a sauté du 4e étage du siège des DNA, dans le centre de Strasbourg, selon une source syndicale, confirmant une information de France Bleu Alsace. Les salariés du siège ont observé une minute de silence, selon la radio. Ceux « qui souhaitaient se recueillir » ont été autorisés jeudi à « quitter leur poste de travail », a précisé Laurent Couronne.

Un comité social économique extraordinaire a été réuni jeudi matin aux DNA, selon la source syndicale. Le président du groupe Ebra, Philippe Carli, a assisté à ce comité, a ajouté Laurent Couronne, également présent.

« On est tous très affectés »

« C’est un suicide sur un lieu de travail, donc on a tendance à faire un lien avec les conditions de travail », a indiqué une autre source syndicale, invitant toutefois à attendre les conclusions de l’enquête sur les causes de ce suicide. « La personne concernée n’était pas du tout concernée par les restructurations en cours », a toutefois souligné le directeur général des DNA.

« On a fait de multiples alertes en CHSCT depuis des mois […] sur les conditions de travail, sur les problèmes de fonctionnement dans les différents services », a expliqué de son côté la source syndicale. « On est tous très affectés. »

« Tout le monde fait tout »

« Tout le service maintenance [où travaillait le salarié] donne des signes d’épuisement depuis des mois, voire des années », a indiqué Nadia Slimani, de la Filpac-CGT, pointant les restructurations en cours au sein du groupe : « réductions d’effectifs, changements d’horaires » et le fait que, désormais, « tout le monde fait tout ». « On est dans des restructurations lourdes, l’humain ne compte pas du tout, il n’y a que l’économie qui compte », a poursuivi Sandrine Debenath, déléguée CGT au journal L’Alsace.

En juin, le groupe Ebra (DNA, L’Alsace, Républicain Lorrain, Est Républicain, Dauphiné Libéré…) avait annoncé son intention de supprimer 386 postes dans les services création graphique, pagination, annonces légales, trafic digital, relations clientèle et maintenance informatique. Parallèlement, 284 postes seraient créés dans une entité prestataire dans laquelle les salariés du groupe pourraient être reclassés. In fine, cette restructuration, que la direction souhaitait mettre en œuvre au 1er janvier 2021, conduirait « à une centaine de licenciements ».