Grève du 5 décembre : A l'hôpital de Strasbourg, les patients s'attendaient « à largement pire »

REPORTAGE Au CHU de Strasbourg, les soignants présents en ce jour de grève ont été assignés. Du côté des patients, certains ont pris leur précaution en changeant d’itinéraire pour arriver à Hautepierre ou en emportant des provisions pour patienter avant leur consultation, d’autres ont préféré ne pas venir

Thibaut Gagnepain
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Il est 9h30, l'hôpital Hautepierre, à Strasbourg, est encore sous la brume.
Il est 9h30, l'hôpital Hautepierre, à Strasbourg, est encore sous la brume. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • Est-ce qu’un hôpital fonctionne normalement un jour de grève ? On est allé voir au CHU de Hautepierre, à Strasbourg, ce jeudi.
  • Sur place, on a rencontré des personnels médicaux « assignés » et pas toujours contents de l’être. Mais aussi des patients. Enfin, ceux qui sont venus.
  • Finalement, la journée est-elle si différente que ça ? Au niveau de la cantine, oui, puisqu’elle est fermée. Mais pas partout, loin de là.

Comment fonctionne un hôpital un jour de grève ? La question peut paraître bizarre mais méritait d’être creusée. Ce jeudi 5 décembre, jour de grève et de grande manifestation , a servi de test au CHU Hautepierre, à Strasbourg. Encore faut-il déjà y accéder avec la grève des trams ! Par chance, la ligne A, qui s’arrête pile devant le bâtiment, est ouverte. A 9h30, une trentaine de personnes s’arrêtent à l’arrêt et filent en direction de l’immense complexe. Ils ont bien fait : les parkings semblent déjà tous pleins autour.

« Comme d’habitude, j’ai eu une des dernières places. Je pensais pourtant qu’il y aurait moins de monde aujourd’hui », remarque Christine* en rangeant ses clés de voiture. L’aide-soignante ne traîne pas trop, elle doit prendre son service à 10 heures. Pourtant, elle se serait bien passée de venir aujourd’hui.

« Je ne suis pas toujours d’accord avec les revendications mais là, j’aurais bien fait grève », avoue la quinquagénaire. Sauf qu’elle a été assignée, comme la plupart de ses collègues et des fonctionnaires présents ce jeudi à l’hôpital de Hautepierre. « C’est ma supérieure qui m’a fait signer un papier hier ou avant-hier stipulant que je devais travailler le 5 décembre. »

« Dans mon service, on est trois au lieu de six »

D’autres ont reçu l’ordre par voie postale. « On peut quand même cocher une case pour indiquer qu’on est solidaire de la grève », précise une autre blouse blanche, sans se plaindre ouvertement de son sort. Ce qu’elle faisait pourtant quelques secondes plus tôt auprès d’un jeune stagiaire…

Dans le hall du CHU, les incessantes allées et venues ont débuté. Avec un parfum de Noël assez rare : un petit marché s’est installé pour trois jours dans des couloirs. Ici, des visiteurs (ou patients ?) s’arrêtent déguster des tablettes de chocolat. Là, un artisan présente ses créations à trois infirmières, visiblement en pause.

L'entrée des urgences de l'hôpital Hautepierre, à Strasbourg.
L'entrée des urgences de l'hôpital Hautepierre, à Strasbourg. - T. Gagnepain

« On travaille au bloc opératoire », explique l’une d’elle en avouant aussi qu’elle se serait bien passée de venir sans son assignation. « Mais dans ma situation, ce n’est pas possible, je suis contractuelle. Dans mon service, on est trois au lieu de six mais on fait pour que ça suffise. Je ne sais pas si des opérations ont été reportées mais la journée est vivable pour le moment. »

Provisions et autoroute évitée pour venir au CHU

A l’imagerie pédiatrique, c’est déjà la queue devant le guichet. Cette mère de famille n’est pas surprise. « Ça fait un an et demi que je viens pour des échographies, c’est toujours comme ça. La journée est normale », juge-t-elle. « Mais ce n’est pas grave, on a emmené à boire, un goûter, on attend tranquillement. » Elle avait même prévu des provisions supplémentaires pour ce jour de grève nationale mais l’accès à l’hôpital n’a pas été plus encombré qu’un autre jour. « J’étais parti avec trente minutes de marge et j’ai évité l’autoroute, tout s’est bien passé. »

Pour cette maman aussi. Il est à peine 11 heures et elle ressort déjà avec son petit garçon, radios sous le bras. « Franchement, pour un jour de grève, je m’attendais à largement pire, sourit-elle. Je ne me voyais pas repartir avant midi. » Dans l’autre sens, Julie* ne sait pas trop ce qui l’attend à l’intérieur. « Quand j’ai vu que la consultation tombait le 5 décembre, j’avais envie de reporter mais ce n’était pas possible. Ma fille doit se faire poser son plâtre aujourd’hui. J’ai appelé l’hôpital et on m’a rassurée. »

Notre dossier sur la Grève du 5 décembre

D’autres ne se sont pas donné cette peine et ne se sont simplement pas présentés.
« Beaucoup de patients ne sont pas venus, certainement par crainte d’être bloqué », assure Sylvie*, sandwich et salade composée sous le bras. « La cantine fait grève aujourd’hui, on a donc dû s’acheter à manger. » Ce n’est pas la vendeuse de gaufres, à l’entrée de l’hôpital, qui s’en plaindra. « Est-ce que c’est une journée normale ? Je ne sais pas trop mais il y a bien autant de monde qu’hier. Tant mieux ! »