Un chercheur de Strasbourg veut trouver un médicament pour ralentir la maladie de Charcot

SANTE Luc Dupuis vient d’être récompensé par le Prix Bettencourt Coups d’élan pour la recherche française

Thibaut Gagnepain

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Le chercheur Luc Dupuis dans son bureau, à la faculté de médecine de Strasbourg
Le chercheur Luc Dupuis dans son bureau, à la faculté de médecine de Strasbourg — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • Le chercheur strasbourgeois de l’Inserm Luc Dupuis vient de recevoir le Prix Bettencourt Coups d’élan pour la recherche française. Avec une dotation de… 250.000 euros. De quoi payer un microscope bien précis.
  • L’équipe de Luc Dupuis va pouvoir accélérer ses recherches sur la maladie de Charcot, ou la sclérose latérale amyotrophique (SLA).
  • Leur but ? Étudier des neurones du cerveau qui accélère la perte de poids, l’un des symptômes de la maladie de Charcot.

Sa médaille est rangée chez lui, précieusement. « Et l’argent ? Je n’ai rien reçu personnellement », explique avec le sourire Luc Dupuis. Mercredi dernier, ce chercheur de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) installé à Strasbourg a reçu le Prix Bettencourt Coups d'élan pour la recherche française". Avec une belle dotation à la clé : 250.000 euros.

« Ça va simplement nous permettre d’acheter un microscope très spécial. Un microscope confocal à disque rotatif, reprend le quadragénaire, originaire de Lille. J’espère qu’il sera installé au printemps dans notre nouveau bâtiment, le CRBS (Centre de recherche en biomédecine de Strasbourg). Ça va équiper la communauté, pas uniquement mon équipe »

Grâce à ce nouveau matériel, la trentaine de personnes qui planchent à ses côtés vont pouvoir accélérer leurs recherches sur la sclérose latérale amyotrophique (SLA), souvent appelée la maladie de Charcot. Soit la troisième maladie neurodégénérative la plus fréquente en France après celles d’ Alzheimer et Parkinson, qui touche près de 2.000 personnes chaque année. L’astrophysicien Stephen Hawking en était atteint, tout comme le tennisman Jérôme Golmard.

« Aucun traitement curatif »

« C’est une paralysie progressive qui se déclenche généralement vers 60 ans. Dès que les symptômes moteurs apparaissent, la durée de vie est d’environ trois à cinq ans. Il n’y a aucun traitement curatif », résume Luc Dupuis, bien décidé à enrayer cette fatalité.

Comment ? En s’attaquant à un symptôme précis de cette maladie : la perte de poids. « On s’est aperçu que la contrecarrer était une stratégie thérapeutique, poursuit-il. Un essai clinique le prouve et sera bientôt publié. En clair, en donnant des compléments alimentaires aux patients, on augmente leur durée de vie. Maintenant, on aimerait trouver un médicament qui a le même effet. » C’est l’essence même de ses recherches.

L’étude des neurones au cœur des recherches

« On va essayer de comprendre d’où vient la perte de poids, insiste le chercheur, très pédagogue. On pense que ça provient d’une petite partie du cerveau grosse comme une noisette : l’hypothalamus. A l’intérieur, il y a une cinquantaine de neurones différents. On va devoir trouver lesquels commandent les pertes de poids. » Un projet qui pourrait durer « quatre à cinq ans » selon les estimations.

Une fois la ou les cibles trouvées, il faudra alors développer des médicaments. « Dans les dix ans à venir, ce serait bien », espère Luc Dupuis, qui travaille en parallèle sur des thérapies géniques « pour une forme bien précise de SLA ». « C’est une maladie assez peu connue mais 3.000 à 4.000 personnes en meurent chaque année, c’est plus que les accidents de la route », conclut le chercheur.