Strasbourg : « Il nous manque toujours des mains »... Les Ephad en opération séduction

EMPLOI Un job dating était organisé ce mardi à l’hôtel du département. Double objectif : pourvoir des emplois et redorer le blason des métiers du médico-social

Florian Bouhot

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Un job dating était organisé ce mardi à l'Hôtel du Département.
Un job dating était organisé ce mardi à l'Hôtel du Département. — Florian Bouhot / 20 Minutes

Pénibilité, pénurie de main-d’œuvre et de moyens, déconsidération… les maux dont souffrent les Ephad et leur personnel sont légion. Et ils sont voués à s’aggraver avec le temps à mesure que l’espérance de vie grimpe. On estime à 93.000 le nombre de postes à créer d’ici 2024. Problème : les postes d’aides-soignants et d’agents de service hospitalier (ASL) n’attirent pas. Comment changer la donne ?

Ce mardi, quelque 200 à 300 personnes fourmillent CV en main entre les tables de l’hôtel du département, à Strasbourg. Pour dégripper la machine des embauches dans les Ephad du territoire, le conseil départemental s’est attelé à organiser un job dating, en complément d’un plan d’investissement chiffré à 5,8 millions d’euros. Pour cette première édition, 189 postes sont à pourvoir immédiatement dans les 37 Ephad bas-rhinois.

« Il se passe des choses merveilleuses »

L’idée est de rapprocher l’offre de la demande. « Le CV classique ne fonctionne plus : on recherche également des compétences émotionnelles, de l’empathie, du savoir-être », insiste Frédéric Bierry, président du Conseil départemental du Bas-Rhin et chef d’orchestre de cette initiative. En attendant qu’un plan national ambitieux ne soit défini.

Pour Séverine Fongond, directrice de l’hôpital de Rosheim, « ce genre d’événement est très important pour redorer le blason des métiers du médico-social ». Le cœur de son message est simple : « Je cautionne les mouvements de protestation mais il ne faut pas oublier qu’il se passe des choses merveilleuses dans nos établissements ». « Dans ce corps de métiers, ce n’est évidemment pas le salaire [autour du SMIC] qui attire, complète Bertrand Morel, directeur de deux établissements. Notre argument, c’est que ces métiers impliquent de la solidarité, de la convivialité, presque un esprit de famille ».

La réalité du métier

Les formateurs, également présents à l’hôtel du département, développent une rhétorique similaire. « La formation est courte, elle s’étale sur dix mois, et fonctionne sous forme d’alternance. C’est un argument que nous avançons », précise Catherine Dieu, cadre de santé-formatrice à l’IFAS de Haguenau. Et l’intéressée de constater : « Certains partent plein d’espérance mais abandonnent quand ils sont confrontés à la réalité du métier ».

Âgée de 20 ans, Déborah ne pourra jamais oublier le « sourire des résidents ». Elle a travaillé plusieurs mois à la maison de retraite Bethlehem à Strasbourg. Mais elle n’envisage pas d’y faire carrière pour autant. « J’ai ressenti le manque de tout, la fatigue surtout quand on a dû se départager pour pallier les absences. » Ses collègues, exténuées, lui ont tout bonnement conseillé de « faire quelque chose d’autre ».

« Il nous manque des mains »

Quentin, 22 ans, est l’un des rares hommes à avoir fait le déplacement : « Ce qui m’intéresse, c’est le contact humain. Je travaille actuellement en usine et je sais que tous les métiers sont difficiles. » S’il ne tire « pas grand-chose » de cette journée, le Mollkirchois à la barbe blonde entend entamer une formation en alternance de dix mois dans le domaine médico-social. Avec, il l’espère, un emploi à la clé.

La matinée touche à sa fin. Tania Lemmel recherchait cinq personnes pour ses Ephad. Sa voisine, trois. Si elles ont noué des contacts, peu de postulants avaient effectué la formation nécessaire : « Il nous manque toujours des mains », déplorent-elles.