Strasbourg: « Comme si on nous disait qu’il ne s’est rien passé », la colère de la mère de l'ado blessé par un tir de LBD

INTERVIEW La mère de l'adolescent grièvement blessé par un tir de LBD le 12 janvier à Strasbourg réagit au classement sans suite de sa plainte

Propos recueillis par Nils Wilcke

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Un lanceur de balles de défense (LBD).
Un lanceur de balles de défense (LBD). — ISA HARSIN/SIPA
  • Le parquet de Strasbourg a classé sans suite la plainte déposée par Flaure Diessé , la mère de Lilian, l’adolescent grièvement blessé par un tir de LBD, le 12 janvier dernier, lors d’une manifestation des gilets jaunes dans la capitale alsacienne.
  • En colère, elle confie à « 20 minutes » le « sentiment d'une grande injustice ». Pour elle, la justice devrait être en mesure d'identifier le policier qui a tiré son sur fils.
  • Elle réclame à l'Etat une réparation financière pour rembourser les coûts médicaux engendrés par le tir dont a été victime son fils.

Le parquet de Strasbourg a classé sans suite la plainte déposée par la mère de l’adolescent grièvement blessé par un tir de LBD, le 12 janvier dernier, lors d’une manifestation des gilets jaunes dans la capitale alsacienne, comme l'a révélé Rue 89 Strasbourg.

L’adolescent a été blessé « selon la plus haute probabilité » par un tir de lanceur de balle de défense (LBD), le 12 janvier dernier à Strasbourg, à l’occasion de l’acte IX des gilets jaunes, indique l’avis de classement sans suite de la procureure de Strasbourg, dont 20 Minutes a eu connaissance. L’adolescent de 16 ans, qui ne participait pas à la manifestation, avait eu la mâchoire fracturée par un projectile alors qu’il sortait d’un magasin dans le quartier de la gare.

En revanche, l’IGPN n’a pas pu identifier l’auteur du tir à l’origine des graves blessures subies par le lycéen. Ce qui a conduit la procureure de Strasbourg à classer l’affaire. Une décision que n’accepte pas la mère de Lilian, Flaure Diessé, qui a accepté de répondre aux questions de 20 Minutes.

Comment réagissez-vous au classement de votre plainte ?

Je suis en colère. On a tiré sur mon fils et la justice nous dit : "Circulez, il n’y a rien à voir". C’est révoltant. J’ai le sentiment d’une grande injustice. Ils ont enquêté pendant dix mois et ils sont incapables de dire qui a tiré. Par contre, quand un policier se fait attaquer, tout est mis en œuvre pour trouver le responsable. Un classement sans suite, c’est comme si on nous disait qu’il ne s’est rien passé. Comme si c’était banal de tirer sur un gamin qui vient d’aller s’acheter une veste dans un magasin. Le pire, c’est qu’on n’a pas reçu un seul mot de compassion de la police ou de la justice, ça fait tellement mal.

L’IGP reconnaît que le tir provenait d’un fonctionnaire de police ?

Mon fils n’est pas considéré comme un casseur, comme j’ai pu l’entendre. C’était juste un ado qui était là au mauvais endroit au mauvais moment. C’est une satisfaction. Mais ce n’est pas suffisant. Celui qui a tiré devrait être identifié. Il y avait de la vidéosurveillance pourtant.

Avez-vous annoncé à votre fils la décision du parquet ?

Je ne sais pas comment l’annoncer à mon fils. Il a déménagé chez son père, il est en internat dans une autre région. Il ne pouvait plus rester à Strasbourg, ça l’a traumatisé ce qui s’est passé. Il tente de reprendre une vie d’adolescent comme les autres. Je vais essayer de lui dire en douceur la décision de la justice. Mais je ne sais pas quelle sera sa réaction et ça m’inquiète.

Comment se porte Lilian aujourd’hui ?

Il a des séquelles à cause de ce qui lui est arrivé. Il ne sent plus le chaud et le froid sur la lèvre, du côté droit. Il a encore une grande cicatrice sur le visage. Mais il devra attendre d’avoir fini sa croissance pour envisager des opérations de chirurgie esthétiques pour réparer son visage.

Quelles suites judiciaires comptez-vous donner ?

Au niveau pénal, je ne sais pas encore. Mais en tout cas, il faut que l’État rembourse les frais occasionnés par ce tir : les consultations chez les spécialistes, les séances de kiné pour la rééducation de mon fils, ses cours à domicile… J’ai rendez-vous avec mon avocat la semaine prochaine pour voir quelles procédures il est possible de lancer.