Fiat Chrysler – PSA : « La fusion ? J'en ai vaguement entendu parler »... On est allé à la sortie de l'usine PSA de Mulhouse

REPORTAGE Au milieu des voitures et des collaborateurs souvent pressés de rentrer chez eux

Thibaut Gagnepain

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A l'usine PSA de Mulhouse.
A l'usine PSA de Mulhouse. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • Que disent les salariés de PSA de la fusion à venir entre le constructeur français et Fiat-Chrysler ? On leur a posé la question à l’usine de Mulhouse.
  • Certains savaient à peine de quoi il était question. D’autres étaient plus prolixes, s’en inquiétaient ou préféraient positiver. Le tout dans un contexte où le site alsacien va bientôt perdre un millier d’intérimaires.
  • Beaucoup de salariés attendent surtout d’en savoir davantage sur cette fusion.

« Monsieur, faites attention, on va lever les barrières ! » L’agent de sécurité a été bien inspiré d’être prévenant. Se pointer à la sortie de l’usine PSA de Mulhouse pendant le changement d’équipes, c’est d’abord risquer de se faire écraser. Par des centaines de salariés qui quittent leur lieu de travail au volant de leur voiture… pas forcément Peugeot ou Citroën.

Ce jeudi midi, cela faisait quelques heures que la fusion avec Fiat-Chrysler avait été annoncée. D’où quelques réactions de surprise au moment d’aborder le sujet. « Ah oui, j’en ai vaguement entendu parler, je ne sais pas trop », nous ont ainsi répondu plusieurs collaborateurs, sans en dire davantage. Plutôt pressés de partir en long week-end.

« Il y a des inquiétudes »

Vincent, lui, avait envie de parler. Il a pris le temps de faire le tour du rond-point et de se garer. « On avait des échos sur cette affaire, mais sans plus », lance cet opérateur au montage. « Maintenant, il y a des inquiétudes. D’un côté, le groupe se porte bien financièrement et de l’autre, il supprime des postes. On va bientôt perdre 1.000 intérimaires ici car la 2008 va être fabriquée à Vigo, en Espagne, dans une usine Opel… » Soit l’une des conséquences du précédent mouvement d’ampleur du constructeur français, qui avait racheté la marque allemande en mars 2017.

Cette fameuse fusion pourrait-elle alors être synonyme de casse sociale ? Certains le craignent. « Quand il y a ce genre de trucs, il y a souvent des réductions de personnels qui suivent avec les économies qui sont faites, non ? », s’interroge Gérard*. A côté de lui, son collègue cariste, Philippe, se veut plus acerbe : « Qu’on soit avec Fiat-Chrysler ne change rien. Quand les patrons veulent fermer, ils ferment… »

« Il faut rester optimiste »

Le site PSA de Mulhouse est loin d’en être là. Dédié à la production de la DS7 et de la 508, il emploie aujourd’hui un peu plus de 5.000 personnes. Qui espèrent qu’un nouveau modèle leur sera confié en 2021, en remplacement de la 2008. « En attendant, on va bientôt tourner en demi-cadence, ça devrait nous faire passer de 58 véhicules par heure à 46, reprend Vincent. Quand je suis arrivé ici en 1991, on était 14.000. Depuis, les conditions de travail n’ont fait que s’aggraver. Alors la fusion, moi je n’ai rien contre, mais faudrait que tout le monde y gagne. »

Stéphane est déjà convaincu du contraire. « De toute façon, y’a plus de social dans cette entreprise. Nous, on n’a jamais rien, on nous serre toujours plus la vis », s’emporte le forgeron. « Pour l’instant, on ne sait pas grand-chose. Moi, je laisse l’avenir nous dire les choses. Il faut rester optimiste », préfère positiver Bruno, rejoint par Serge. « En 31 ans de boîte, j’en ai tellement vu que je ne suis pas inquiet. Si on grossit, je me dis qu’on fera peut-être encore plus de choses ici. »

Avec, peut-être davantage d’échanges avec les constructeurs associés. « Des ouvriers polonais de chez Opel sont venus se former à la fonderie chez nous, on n’a rien contre », avoue Gérard*. « On fait déjà des pièces communes pour différents modèles alors que ce soit pour Fiat ne change rien », réagit Vincent, avant de remonter dans sa voiture. Une Fiat Punto.

* : à leur demande, les prénoms de ces personnes ont été modifiés