Alsace : On a suivi une mission de prévention de la cybercriminalité dans un collège

EDUCATION Un policier et un représentant d'association ont sensibilisé aux dangers d'Internet une quarantaine d'élèves du collège Jules-Hoffmann

Thibaut Gagnepain

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Le major Denis Méreau intervient devant une classe de 4e du collège Jules-Hoffmann de Strasbourg pour leur parler de cybermalveillance.
Le major Denis Méreau intervient devant une classe de 4e du collège Jules-Hoffmann de Strasbourg pour leur parler de cybermalveillance. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • Des élèves de 4e du collège Jules-Hoffmann, à Strasbourg, ont eu droit à une après-midi de prévention contre les dangers d’internet.
  • Un policier spécialisé dans la cybercriminalité intervenait, tout comme un représentant de l’association e-Enfance, une association de protection de l’enfance sur Internet.
  • Les ados sont particulièrement touchés par le harcèlement sur Internet. Le principal fléau ? Le sexting non consenti, soit quand une photo d’une personne dénudée tourne sans son consentement.

« Sexting », « grooming », « fishing »… Des élèves de 4e du collège Jules-Hoffmann de Strasbourg ont appris des nouveaux mots jeudi. Pas forcément des nouveaux concepts. « Je connaissais la plupart des trucs dont ils ont parlé », confirme Zeyad, 13 ans. Ces trucs ? Tout ce qui touche de près ou de loin à la cyber-malveillance.

A l'occasion de cet après-midi de prévention contre les dangers d’Internet, la police judiciaire est venue à la rencontre des ados. « Ils sont particulièrement fragiles à cet âge-là car ils viennent souvent d’avoir leur premier téléphone. Au lycée, c’est différent car les jeunes ont plus de maturité », explique le major Denis Méreau, qui dirige le Laboratoire d’investigation opérationnelle du numérique (Lion) de Strasbourg. En clair, l’unité spécialisée dans la cybercriminalité.

« Ne jamais ajouter d’inconnu sur Snapchat »

Il en a été question pendant 1h30 auprès de cette quarantaine d’élèves. Avec des cas concrets qui ont semblé les toucher. Exemple ? Ce montage photo d"un élève avec une tête de chien ou cette conversation WhatsApp pour dénigrer une camarade de classe. « Vous voyez, tout ça, c’est du harcèlement », insiste Alexy Schor, tuteur pour l’association e-Enfance. « Si vous assistez à ça, il ne faut jamais hésiter à le signaler. »

Alexy Schor, tuteur de l'association e-Enfance, qui intervient devant une classe de 4e du collège Jules Hoffmann de Strasbourg pour leur parler de cybermalveillance.
Alexy Schor, tuteur de l'association e-Enfance, qui intervient devant une classe de 4e du collège Jules Hoffmann de Strasbourg pour leur parler de cybermalveillance. - T. Gagnepain / 20 Minutes

Autre bon conseil délivré par l’intervenant ; « ne jamais ajouter d’inconnu sur Snapchat ou un autre réseau social. » On rentre là dans le cas du « grooming », soit quand un adulte malveillant approche un enfant avec le but, plus ou moins lointain, d’en abuser. « Ma cousine a vécu ça sur Instagram. Un monsieur voulait lui donner rendez-vous quelque part ou venir chez elle, se souvient Shamsdine, 13 ans. Elle en a parlé à ses parents qui ont porté plainte et ça s’est arrêté. »

« Le principal message, c’est de dire aux enfants qu’ils doivent en parler à un adulte de confiance s’ils sont victimes de harcèlement », reprend le major, qui avoue traiter de plus en plus de cas. « On a eu la grosse affaire Snapchat l'an dernier. Les nudes font beaucoup de mal. Ça part d’une photo dénudée partagée volontairement dans un premier temps, qu’un garçon va souvent finir par faire tourner. »

« L’impunité sur Internet, ça n’existe pas »

« La cyberviolence la plus commune qui nous remonte, c’est du sexting non consenti », confirme Lucie Pitiot, la directrice de cabinet au rectorat de Strasbourg. Son académie s’est lancée depuis plus de deux ans dans la lutte contre le harcèlement sur Internet et a nommé des référents par établissement.

« Les signalements d’élèves augmentent, indique-t-elle. On avait traité 22 cas en 2016-2017, contre 88 l’an dernier et là, en septembre, on est déjà à une quinzaine. Ça montre l’ampleur du phénomène mais aussi qu’on a bâti une relation de confiance avec les élèves. On leur dit toujours de faire une capture d’écran de ce qu’ils ont vu, de nous la confier et après, on va encourager la famille à porter plainte. Au pire, on se substituera à elle pour transmettre les éléments au parquet. »

« L’impunité sur Internet, ça n’existe pas », résume Denis Méreau devant l’assemblée. « Même avec un VPN (un réseau privé virtuel) ? », le questionne une élève. Réponse du policier : « On mettra juste plus de temps à identifier le coupable mais on y arrivera. N’ayez jamais peur de dénoncer votre agresseur, on le retrouvera toujours. »