Strasbourg: L’arrêté contre la mendicité agressive toujours au cœur des débats, après cinq mois d’application

SECURITE Après cinq mois d’application, un premier bilan sur l’arrêté contre la mendicité agressive a été fait par Robert Herrmann, adjoint au maire en charge de la sécurité sur la voie publique. « 20 Minutes » est allé à la rencontre des riverains pour connaître leur avis

Gilles Varela

— 

Place du Marché Neuf à Strasbourg, un des trois secteurs concernés par l'arrêté contre la mendicité agressive.. Le 25 septembre 2019.
Place du Marché Neuf à Strasbourg, un des trois secteurs concernés par l'arrêté contre la mendicité agressive.. Le 25 septembre 2019. — G. Varela / 20 Minutes
  • Un arrêté anti-mendicité agressive est en vigueur depuis le 25 avril dernier sur trois secteurs de l’hypercentre de Strasbourg.
  • Contesté, même au sein de la majorité, Robert Herrmann, adjoint au maire en charge de la sécurité, a fait un premier bilan de cette mesure lors du Conseil municipal.
  • 20 Minutes est allé à la rencontre des riverains et commerçants qui avaient dénoncé un sentiment d’insécurité pour connaître quel bilan ils tirent de cet arrêté en vigueur pour l’instant jusqu’au 30 septembre.

« C’est le meilleur été que l’on passe depuis trois ans, j’ai enfin pu réouvrir mes fenêtres et dormir, normalement, sans insultes ou bagarres », explique Candice, une riveraine de la place du Marché Neuf, au cœur de Strasbourg. La raison de cette satisfaction ? L’arrêté contre la mendicité agressive sur trois secteurs de l’hypercentre proposé fin avril dernier par Robert Herrmann, adjoint au maire en charge de la sécurité publique et signé par le maire Roland Ries.

Une décision, qualifiée « d’expérimentation » jusqu’au 30 septembre, prise après le mécontentement de nombreux commerçants, riverains, touristes, témoignant d’un sentiment d’insécurité croissant, renforcé par une impression de « laisser aller ». Un arrêté difficile à prendre et qui n’avait pas manqué de raviver certaines divergences dans la majorité municipale et de soulever une levée de boucliers de diverses associations qui ont attaqué en justice cette décision. En vain.

Lors du dernier conseil municipal, interrogé sur le bilan de cette mesure par Jean-Philippe Vetter, conseiller municipal d’opposition (LR), Robert Herrmann s’est dit plutôt satisfait de cette première « expérimentation ». Il a indiqué qu’une quarantaine de verbalisations avaient été réalisées en rapport avec l’arrêté, tout en notant une diminution du nombre d’incidents depuis le printemps et une diminution des appels vers les services en charge de la tranquillité publique. Pas suffisant pour Jean-Philippe Vetter.

Syamak Agha Babaei, élu de la majorité et médecin urgentiste de métier, fermement opposé à cet arrêté, a jugé ce bilan « plutôt maigre au regard du nombre de délits » et reproche « la stigmatisation » sur une certaine population que l’arrêté a suscitée. Pour l’élu, le terme même « d’expérimentation » sans réelle méthode d’évaluation, n’est pas adapté.

« Une amélioration, au début »

Dans la rue, les passants, commerçants ou riverains rencontrés par 20 Minutes restent plus circonspects. Si beaucoup reconnaissent une « amélioration de la situation, au début », nombreux sont ceux qui regrettent « un certain relâchement », depuis la rentrée, particulièrement rue des Hallebardes, un des trois points de la ville concernés par l’arrêté. « J’espère que ce n’est pas juste une opération de com' ou pour donner une autre image de la ville quand il y a des touristes en été ou en décembre, » explique Rémy, la quarantaine.

Mais ce sont bien les regroupements, souvent avec des chiens, qui sont mentionnés. « Il n’est pas question d’empêcher la mendicité », martèle une nouvelle fois Robert Herrmann, mais bien de dissuader les personnes de se regrouper et une fois alcoolisées, de créer une situation de fortes tensions pour les habitants et les passants. » Une précision que partage Candice, qui « n’a pas compris » les associations venues sous ses fenêtres protester contre cet arrêté : « Ce n’est pas la mendicité "classique" que l’on reproche, mais les regroupements, parce que les gens appréhendent de rentrer chez eux. Personne n’a envie d’avoir un groupe d’une dizaine de personnes alcoolisées devant sa porte ! »

Christophe, bière en main au petit matin, est un habitué de la place du Marché-Neuf. Il assure pourtant pâtir de cet arrêté. « On me contrôle souvent, mais je ne fais rien. J’aide les gens, je rends service, je reste tranquille. Mais c’est vrai, des fois il y en a qui font des problèmes, ils se regroupent alors la police leur dit de partir, mais je suis trop souvent contrôlé. » Une prof d’un lycée tout proche, venue se garer sur la place, se félicite de sa présence. « C’est bien d’avoir un visage que l’on connaît, ça se passe très bien, il n’y a pas besoin d’avoir tous ces contrôles. Strasbourg est une ville historiquement accueillante. »

« Un arrêté ne règle pas tous les problèmes »

Autre sujet de crispation, les « placiers » de la place du Temple-Neuf, tout à côté. Pierre, la trentaine, regrette toujours leur présence, même s’il note « qu’ils sont beaucoup moins insistants » depuis l’arrêté. « Moi, ça va, mais j’ai déjà vu un couple de personnes âgées très intimidé par leur insistance et qui ont cédé, et plus encore des touristes, qui n’aiment pas trop laisser leur voiture seule dans ces conditions. Ils préfèrent les payer. » « Il y a plus de contrôles d’identité de la police, renchérit un autre riverain, mais c’est tout. Ils restent, ça sert à rien. Pourtant il y a un panneau qui indique que c’est interdit, mais ils font semblant de ne pas le comprendre ». « Un arrêté ne règle pas tous les problèmes, souligne Robert Herrmann. C’est bien la mendicité agressive qui est visée. Il faut qu’elle soit caractérisée et j’ai demandé d’être très rigoureux sur l’application de cet arrêté. Encore une fois il ne s’agit pas d’empêcher la mendicité. »

L’arrêté, en vigueur jusqu’au 30 septembre, devrait être reconduit, sans discontinuité, selon le souhait de la ville, jusqu’au 31 décembre.