Strasbourg vote un calendrier de sortie des véhicules diesel, interdits en 2025 dans la ville

PLANETE La capitale alsacienne ne veut plus de véhicule diesel au 1er janvier 2025. Une décision qui divise

Thibaut Gagnepain

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La ville de Strasbourg a voté un calendrier qui prévoit l'interdiction des véhicules diesel d'ici 2025.
La ville de Strasbourg a voté un calendrier qui prévoit l'interdiction des véhicules diesel d'ici 2025. — MARIO FOURMY / SIPA
  • Le conseil municipal de la ville de Strasbourg a validé lundi un calendrier d’interdictions progressives et permanentes des véhicules les plus polluants. Le 1er janvier 2025, seuls les véhicules avec la vignette Crit’Air 1 seront autorisés à circuler sur son territoire.
  • A six mois des élections municipales, le maire Roland Ries a annoncé sa volonté de signer l’arrêter qui validera cette décision cadre.
  • Cette décision fait l’objet de nombreux débats. Certains s’en félicitent, d’autres beaucoup moins.

Le diesel à Strasbourg, c’est bientôt fini. Le conseil municipal de la ville, réuni lundi, a validé un calendrier d’interdictions progressives et permanentes des véhicules les plus polluants. En clair, plus aucun moteur diesel ne sera autorisé à ronfler dans la capitale alsacienne à partir du 1er janvier 2025.

Avant cela, d’autres véhicules seront bannis : ceux sans vignette Crit’Air dès le 1er janvier 2021, ceux répertoriés Crit’Air 5 en 2022, les Crit’Air 4 en 2023 et les Crit’Air 3 en 2024. Avant donc les Crit’Air 2, soit tous les véhicules diesel, en 2025. Pile cinq ans avant la date de 2030 qui avait jusque-là été annoncée…

« Une situation d’urgence sanitaire »

C’est Christel Kohler qui est à l’origine de cette accélération de planning. « On est dans une situation d’urgence sanitaire », justifie l’adjointe au maire "en nature et ville nourricière". « Strasbourg a toujours été moteur en termes de mobilités douces. On doit passer à la vitesse supérieure sur le diesel. »

A six mois des élections, le maire, Roland Ries, a suivi le mouvement. Il s’est engagé à prendre l’arrêté qui validera cette décision cadre. « Je le signerai, a-t-il déclaré aux Dernières Nouvelles d'Alsace. Ma volonté est de lancer le processus. Sachant tout de même que mon successeur pourra prendre un autre arrêté. »

« Pourquoi toujours taper sur les mêmes ? »

« Nous ne manquerons donc pas d’interroger tous les candidats sur leurs positions », anticipe Didier Bollecker. Le président de l’Automobile Club Association dénonce cette chasse au diesel. « La pollution des véhicules ne représente que 12 % de la pollution globale, alors pourquoi toujours taper sur les mêmes ? En plus, la qualité de l’air s’améliore dans les villes au fil des années. »

« C’est faux, la pollution est différente », réagit Thomas Bourdrel, le président et fondateur du collectif Strasbourg Respire. « Maintenant, nous avons beaucoup plus de nanoparticules. Les véhicules diesels récents produisent autant de dioxyde d’azote que les anciens et sont six à huit fois plus polluants que les moteurs essence. A Strasbourg, près d’une personne sur deux respire un air illégal, c’est-à-dire non-conforme aux normes européennes. La ville est sous la menace de sanctions européennes. »

« Il faut trouver des mesures juste socialement »

Les deux se rejoignent au moins sur un point : l’accompagnement des propriétaires de véhicules diesel. « Je propose que la municipalité rachète à tous ces malheureux leur véhicule qui ne vaudrait plus rien. Je crois qu’il y en a 600.000 dans le Bas-Rhin. A raison de 5.000 euros chacun, ça va faire une somme », grince-t-il.

« Il faut trouver des mesures juste socialement. Une cellule devrait être créée afin d’étudier les situations au cas par cas », reprend, plus sérieusement Thomas Bourdrel. « Il pourrait avoir des dérogations, des aides à l’équipement. J’entends déjà les craintes que la décision suscite mais nous dégagerons un budget à hauteur de l’enjeu », promet Christel Kohler.

« Une décision pour punir les gens qui travaillent »

Le sujet n’a pas fini de diviser. L'appel à témoignages réalisé par 20 Minutes le confirme. Avec de nombreux témoignages et des positions tranchées. Quand Florian salue cette « très bonne initiative », d’autres pestent. « C’est comme d’habitude une décision pour punir les gens qui travaillent, qui n’ont pas les moyens de s’acheter une voiture… », regrette Anita.

« Il faudrait mettre les relais de tram à l’entrée de l’eurometropole car c’est facile d’interdire la circulation des Crit’Air 3 et à terme du diesel sans alternative pour aller travailler », propose Danielle. Comme Moundir, qui se dit prêt à passer au véhicule électrique. « Une Tesla pour tous, merci Strasbourg », écrit-il, non sans humour.