Des cours de self-défense pour les femmes « pour reprendre confiance en soi »

SOCIETE Sevda, Noémie, Delphine… A Strasbourg, les femmes sont nombreuses en cette rentrée à suivre des cours de self-défense avec Esd Loïc, des cours qui leur sont spécialement dédiés

Gilles Varela
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Cours de self-défense d'Esd Loic. Strasbourg le 15 09 2019.
Cours de self-défense d'Esd Loic. Strasbourg le 15 09 2019. — G. Varela / 20 Minutes
  • Depuis la rentrée, les femmes affluent aux cours de self-défense d’Esd Loïc à Strasbourg.
  • Si les cours sont gratuits pour elles en ce mois de septembre, c’est surtout l’envie de prendre ou de reprendre confiance en soi, de savoir gérer une situation qui dérape, qui motivent les femmes que 20 Minutes a rencontré lors d’une séance d’entraînement.
  • Certaines espèrent même voir un jour des cours dédiés à l’école et insistent sur la prévention.

Il y a celles qui aiment le sport, se défouler. Celles qui aiment contrôler une situation qui dégénère. Et puis il y a celles, nombreuses, qui ont subi une agression, parfois un viol, ou tout simplement sont alertées par l’actualité et les  violences faites aux femmes et veulent apprendre à se défendre, reprendre confiance.

Depuis la rentrée, les cours d’Esd Loïc à Strasbourg, Evolutive self-défense, sont pris d’assaut par les femmes et pas uniquement parce qu’il leur assure la gratuité des cours en ce mois de septembre. Dès le premier soir, plus de soixante-dix d’entre elles ont franchi le seuil de la salle de fitness où il donne ses cours collectifs, dans le quartier de la Meinau. « Il y a une vraie demande et le téléphone sonne encore », assure Loïc. Nombreuses sont celles qui ont en tête la multiplication des agressions,  des féminicides. Dernière en date, une tentative d’homicide sur  une femme à Bischheim, la semaine dernière.

« Si on nous attrape, on connaît les gestes »

« Je me suis déjà fait suivre à Paris, dans le métro, avec deux personnes qui se sont collées à moi à 7 h du matin et je ne pouvais plus bouger, donc j’ai pris peur », raconte Sevda, 22 ans. La jeune femme d’origine kurde insiste sur l’aptitude des femmes à se faire respecter : « Nous venons aussi parce que nous sommes fortes et nous pouvons aussi nous défendre. » Après quatre séances, la jeune femme reconnaît ne pas vraiment maîtriser tous les enchaînements. « Mais si on nous attrape, on connaît les gestes et surtout on nous apprend à regarder autour de nous et ça c’est vraiment important. C’est bien ces cours gratuits pour sensibiliser les femmes. »

Ce qui motive l’instructeur Esd Loïc, agent de protection rapprochée, instructeur krav-maga, « formateur de garde du corps aux Etats-Unis », selon son site Internet, c’est d’être utile aux personnes les « plus fragiles, de les voir prendre confiance en elles ». S’il entraîne des personnalités de la téléréalité (dont Thibaut, un Marseillais à Dubaï pour ne rien cacher), il aime aussi venir en aide à ceux qui ont des difficultés. « Je pensais informer les associations de femmes victimes de violences, leur proposer un stage, un mois gratuit. Réflexion faite, autant le faire pour toutes les femmes. Mais ça ne part pas d’une stratégie marketing », se défend l’instructeur qui compte également répondre à une école du centre-ville pour des adolescents en difficulté.

« Savoir se défendre avant l’accident »

Noémie, Delphine et Eva, toutes âgées d’une petite vingtaine d’années, sont venues entre copines et reconnaissent vouloir découvrir ce sport qui pourrait bien s’avérer utile : « Quand on est toute seule dans la rue, on n’est pas forcément sereine quand on se fait aborder, surtout à  Strasbourg (rires). Parfois, c’est pour des choses totalement stupides, c’est peut-être rien de dangereux, mais on n’est pas confiantes. Il devrait y avoir plus de prévention. »

Et les jeunes femmes ne manquent pas d’arguments : « Que les hommes arrêtent de nous harceler dans la rue, mais aussi que les femmes soient plus préparées à réagir. Il y a des gens qui arrivent à s’en sortir, il n’y a pas que des victimes. On parle beaucoup d’elles, mais ça serait bien aussi de savoir se défendre avant l’accident, qu’il y ait de la prévention, avance Noémie. Une formation intégrée à l’école par exemple, juste quelques cours de pratiques pour connaître les gestes de survie, ça serait déjà ça. Il faut être en peu plus préparée, intérieurement. Faut pas se laisser faire. »