Strasbourg: La guerre des guides conférenciers face aux offres gratuites des « Free Tour »

TOURISME Les guides officiels de Strasbourg reprochent aux guides « Free Tour » une concurrence déloyale

Gilles Varela

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Remy, Un guide Happy Free Tour au pied de la cathédrale. Strasbourg le 10 septembre 2019.
Remy, Un guide Happy Free Tour au pied de la cathédrale. Strasbourg le 10 septembre 2019. — G. Varela / 20 Minutes
  • Les guides officiels de Strasbourg s’inquiètent de la propagation des guides « payés au chapeau », les Free Tour.
  • Un concept mal venu alors que la profession est confrontée à un tourisme en pleine mutation, notamment avec le tourisme de masse et la multiplication des croisiéristes
  • Les guides professionnels reprochent au Free Tour de ne pas avoir suivi la formation obligatoire et de marcher sur leurs plates-bandes.

Demandez à un guide touristique officiel au pied de la cathédrale de Strasbourg s’il sait où trouver un Free Tour et vous constaterez facilement qu’il existe un réel problème entre ces professionnels et ceux qui prétendent l’être. Depuis cinq ans en effet, certains proposent des visites guidées, sans réservation et « gratuites ». Entendez par là que vous êtes invité, à la fin de la visite et si vous êtes satisfait, à laisser (ou pas) un pourboire. Une formule qui rencontre un réel succès. D’ailleurs, en cinq ans, d’un, on est passé à cinq Happy Free Tourà Strasbourg. Problème, quatre de ces guides ne détiennent pas la carte officielle délivrée par la préfecture, garante d’une formation à la faculté et du passage d’un concours.

Rassemblés sous la bannière des Happy Free Tour, les visiteurs apprécient « ces visites presque improvisées », avec des guides hauts en couleur. « Ils ont du bagou et je suis en vacances, je n’ai pas envie de me prendre la tête ou d’être trop sérieuse, même si tout n’est pas super exact, alors c’est parfait », confie Ariane, une quadragénaire venue de Lille.

A peine le guide Free Tour a-t-il brandi sa pancarte au pied de la cathédrale, que les gens affluent. Comme Angela, une « traveller blogueuse » venue de Californie qui parcourt l’Europe. C’est une habituée de ce style de visites : « Je trouve ça moins contraignant et comme ils sont payés au pourboire, ils sont généralement très motivés, plein d’énergie… Et ce n’est pas mal car ça crée un contexte qui facilite les rencontres avec les autres visiteurs, » sourit la jeune femme. « Ce n’est pas évident de trouver sur le pouce une visite anglophone sans réservation, explique Rémy, un des guides Free Tour, nous répondons à une demande qui n’est pas satisfaite. »

Une profession déjà malmenée

Organisés, présents sur les réseaux sociaux avec notamment un site Internet détaillé, ces nouveaux guides travaillent même à présent avec des agences et des croisiéristes. De quoi attirer les foudres d’une profession déjà malmenée, confrontée à un tourisme de masse, des contraintes sécuritaires, des prix moins élevés pratiqués par les agences de l’autre côté du Rhin. Mais aussi aux obligations dues à leur qualité de guide conférencier, l’éthique du métier. « C’est une concurrence déloyale d’autant plus qu’ils se disent gratuits, ce qui n’est pas vraiment le cas. Mais on ne peut rien faire, ils sont sur la voie publique, confie Véronique Herbreteau, guide conférencière depuis 20 ans à Strasbourg. Les guides qui travaillent à l’office de tourisme sont tous encartés, ils ont passé l’examen de guide. C’est un métier et il faut aussi savoir gérer les flux, les riverains. Nous apportons un vrai plus. »

Un avis que partage en partie Saber Hassan, guide officiel qui travaille essentiellement avec les croisiéristes. Pour lui, c’est l’Etat qui a régularisé la profession et par conséquent doit régler les choses. « Les Free Tour exercent sans suivre les procédures de formation nécessaires, c’est incohérent mais ce n’est pas à nous d’aller parler avec les guides Free Tour. » Pour Lionel Heiwy, président de l’association des guides d’Alsace (AGIRA), il est évident qu’ils sont « un sujet de crispation et de discussions houleuses. » Plus pragmatique cependant, il rappelle que les Free Tour n’ont pas la même approche et ne répondent pas à la même demande. « Mais il subsiste un flou avec leur message Happy Free Tour qui laisserait penser que les guides officiels sont à l’inverse un peu vieillots, ennuyeux, ce qui est faux. C’est à nous de mettre en avant une autre image sur les réseaux sociaux. »

Un guide Happy Free Tour au pied de la cathédrale. Strasbourg le 10 septembre 2019.
Un guide Happy Free Tour au pied de la cathédrale. Strasbourg le 10 septembre 2019. - G. Varela / 20 Minutes

Une offre complémentaire ?

En attendant, « pour comprendre au-delà du fantasme sur les volumes et évaluer la situation », le directeur de l’office de tourisme de Strasbourg Patrice Geny va rencontrer prochainement les guides d’Happy Free Tour. « C’est un phénomène que connaissent toutes les grandes villes. Les touristes qui les suivent ne poussent pas les portes de l’office de tourisme pour trouver un guide. C’est une autre offre, complémentaire, dans l’instantanéité. »

« Est que notre présence, avec 4 millions de visiteurs les mets en danger ? », sourit Rémy, le guide de Free Tour. Il y a assez de touristes pour tout le monde. Si même des croisiéristes nous contactent, c’est que l’on convient bien et c’est la loi de l’offre. »