Nouvelle évacuation d'un camp à Strasbourg, la ville est-elle réellement solidaire avec les migrants?

SOLIDARITE Depuis le début de l’année, Strasbourg vit au rythme des évacuations de camps de personnes à la rue

Nils Wilcke

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L'évacuation du camp des canonniers le 27 août à Strasbourg s'est déroulée dans le calme.
L'évacuation du camp des canonniers le 27 août à Strasbourg s'est déroulée dans le calme. — D'ailleurs nous sommes d'ici 67
  • La ville de Strasbourg a posé une clôture sur le terrain des Canonniers pour empêcher le retour de migrants et de personnes à la rue ce mercredi 28 août.
  • Ce dispositif, très critiqué par les associations qui viennent en aide aux migrants, fait suite à l’évacuation des occupants mardi 27 août au petit matin.
  • La ville met en avant la nécessité de trouver des solutions de relogement rapides, les associations dénoncent un « mur de la honte ».

Une barrière faite de pieux en bois, de fils de fer et de palissades. C'est le dispositif installé mercredi en toute discrétion par la ville de Strasbourg après la dernière évacuation du camp des Canonniers, dans le quartier du Neuhof, le 27 août. Le terrain était occupé depuis le 15 juillet par 208 personnes sans-abri, dont 74 enfants. En majorité des migrants et des demandeurs d’asile venus d’Europe de l’Est, selon la préfecture du Bas-Rhin

Sollicitée, la ville indique « avoir pris la décision de poser une clôture paysagère de petite taille pour mettre en sécurité ce site et décourager de nouvelles implantations à cet endroit ». Une clôture de fortune peut-elle réellement empêcher des gens qui ont parcouru des milliers de kilomètres, souvent dans des conditions difficiles, de venir trouver refuge? Le collectif des Canonniers dénonce « un mur de la honte ». « Et ensuite ? Ces personnes reviennent à la rue, on repart à zéro », déplore pour sa part l’association D’ailleurs nous sommes d’ici Bas-Rhin

Six campements évacués depuis le début de l'année

De fait, le même procédé avait en effet été déjà mis en place rue du Rempart sur le terrain occupé par des migrants à l’automne 2017. Un trottoir installé rue des Canonniers avait été remplacé par des blocs de béton et l’espace du square situé non loin avait été fermé à l’aide d’un cadenas pour la nuit.

Pour quelle efficacité? Le camp des Canonniers avait déjà été vidé de ses 176 occupants le 18 juin dernier. Depuis le début de l’année, Strasbourg vit au rythme des évacuations de camp des personnes à la rue. 618 personnes ont été prises en charge par les services de l’Etat et six campements ont été évacués de la même façon.

« Trouver des solutions rapidement »

La préfecture reconnaît une « saturation des dispositifs d’hébergement dédiés à la demande d’asile ». Autrement dit, les places réservées – 3.299 dans le département – ne suffisent plus à absorber les nouveaux arrivants. Or il est arrivé 2.139 personnes depuis le début de l’année, « soit une nouvelle hausse de 11,50 % par rapport à 2018 », à la même période, selon le décompte officiel.

Face à cet afflux, la ville de Strasbourg veut réagir dès l’apparition des tentes pour « trouver des solutions rapidement » plutôt que de conduire des évacuations à répétition, affirme Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire de Strasbourg en charge des solidarités.

« Toutes les conditions sont réunies pour créer du malheur »

Pour les associations, la ville tente surtout d'« empêcher ces populations de se regrouper et faire pression pour obtenir un toit ». Dans le même temps, le président de l'association La roue tourne, qui vient en aide aux sans-abri en occupant l'ancien siège de la brasserie Grüber à Koenigshoffen avec 157 personnes dont 54 enfants, a reçu une assignation en expulsion de la ville.

« Toutes les conditions sont réunies pour créer du malheur », assure l'association D’ailleurs nous sommes d’ici Bas-Rhin. Une référence au suicide d'un jeune migrant afghan au parc des Glacis en mai dernier. Le collectif des Canonniers fait savoir qu’il envisage d’écrire au réseau des villes solidaires dont Strasbourg fait partie pour en dénoncer les agissements locaux » et demander « à cette instance de réexaminer une telle candidature si un changement ne survient pas de suite ».