Des sans-abris, soutenus par un collectif de soutiens, occupent depuis une semaine l'ancien siège d'une brasserie à Strasbourg.
Des sans-abris, soutenus par un collectif de soutiens, occupent depuis une semaine l'ancien siège d'une brasserie à Strasbourg. — N.W./20Minutes

SOCIETE

Strasbourg: Bras de fer entre la ville et des sans-abri autour d’un squat dans une ancienne brasserie

La ville et un collectif de soutien aux sans-abri s’affrontent autour d’un bâtiment occupé depuis une semaine dans le siège d’une ancienne brasserie à Strasbourg

  • Des sans-abri, soutenu par un collectif de militants, occupent depuis une semaine l’ancien siège de la brasserie Grüber dans le quartier de Koenigshoffen, à Strasbourg.
  • La ville a préempté puis racheté les lieux pour en faire une maison des services publics.
  • Malgré les risques judiciaires, le collectif de soutien aux sans-abri veut en faire un village d’accueil.

Ce nouveau dossier pourrait-il devenir un enjeu des municipales à Strasbourg ? L’ancien siège de la brasserie Grüber, dans le quartier de Koenigshoffen, est l'objet d'un bras de fer entre la ville et des sans-abri, soutenus par un collectif de militants.

Ces derniers occupent le bâtiment depuis plus d'une semaine. « Nous voulons accueillir les gens qui dorment dehors, quelle que soit leur origine ou leur situation », explique une militante. Le collectif met en avant le « bon état général » du bâtiment, inoccupé depuis de longues années. Plusieurs appartements dotés de sanitaires et de climatisation fonctionnelle ont permis à des femmes et des enfants de « moins souffrir de la dernière canicule, c’est toujours ça de gagné », estime un autre militant. L’ensemble fait 1.850 mètres carrés.

Plus d'une centaine de sans-abris occupent l'ancien siège de la brasserie Grüber à Strasbourg.
Plus d'une centaine de sans-abris occupent l'ancien siège de la brasserie Grüber à Strasbourg. - N.W./20Minutes

« Toutes les nationalités sont représentées »

Cette action coup de poing ne fait pas les affaires de la ville de Strasbourg. Laquelle a racheté l’ensemble en novembre 2018 après l’avoir préempté dix ans auparavant pour 900.000 euros. Avec pour objectif d’en faire une maison des services publics. Une plainte a été déposée par la municipalité, qui demande également la libération des lieux.

On en est loin. En une semaine, le nombre d’occupants a doublé, passant d’une cinquantaine à plus d’une centaine de personnes sans-abri, selon le collectif. Tchétchènes, Angolais, Géorgiens et même Français… « Toutes les nationalités sont représentées », selon les militants. Ce qu’a pu constater Marie-Dominique Dreyssé, l’adjointe au maire de Strasbourg en charge des solidarités, lors d’une visite ce mardi 30 juillet.

Il y a Georges*, 17 ans, un Angolais qui a déjà vécu « plusieurs vies » en dépit de son jeune âge. Il est venu en France après avoir fui des « menaces » dont il préfère taire la nature. Il y a aussi une jeune Alsacienne mise à la porte de chez elle en raison de son homosexualité. Des poussettes, des jouets qui traînent sur le sol, des odeurs de cuisine et des cris d’enfants témoignent de l’installation de plusieurs familles dans le bâtiment.

Plusieurs dizaines de chambres sont occupées dans l'ancien siège de la brasserie Grüber, à Strasbourg.
Plusieurs dizaines de chambres sont occupées dans l'ancien siège de la brasserie Grüber, à Strasbourg. - N.W./20Minutes

« Il y a des morts dans la rue, fais pas chier avec ton ampoule »

La visite se déroule dans une atmosphère tendue entre l’élue, les militants et les sans-abri. Lesquels lui reprochent pêle-mêle l'arrêté anti-mendicité très contesté pris par le maire de Strasbourg le 25 avril ou encore le suicide d'un jeune migrant afghan en mai. La visite de policiers municipaux le 24 juillet n’a rien arrangé. Venus constater d’éventuelles traces d’effraction, les agents sont repartis bredouille, selon Rue 89 Strasbourg.

Des tags menaçants au nom du Bastion social, ont été peints sur la façade de l'ancienne brasserie Grüber
Des tags menaçants au nom du Bastion social, ont été peints sur la façade de l'ancienne brasserie Grüber - N.W./20Minutes

Des tags menaçants et insultants ont aussi été peints en lettres rouges sur la façade du bâtiment : « Le Bastion Social vous encule », peut-on lire sur le mur. Le groupe d’extrême droite, expulsé en mars de deux maisons qu’il occupait illégalement à Entzheim, a nié toute responsabilité  dans les Dernières Nouvelles d'AlsaceL’épisode a laissé des traces. « La lumière dans les toilettes, elle reste tout le temps allumée ? », demande un fonctionnaire de la ville, venu accompagner en renfort l’adjointe au maire. « Il y a des morts dans la rue, fais pas chier avec ton ampoule », lui répond du tac au tac un sans-abri.

Le dialogue entre l'adjointe Marie Dominique Dreyssé et le collectif de soutien aux sans-abris se déroule dans un climat tendu.
Le dialogue entre l'adjointe Marie Dominique Dreyssé et le collectif de soutien aux sans-abris se déroule dans un climat tendu. - N.W./20Minutes

« Pérenniser un projet d’accueil pour les sans-abri »

« Cette action, c’est aussi pour montrer la colère des sans-abri », expliquent les militants, qui ne se cachent pas de vouloir « mettre un coup de pression » à la ville avant les municipales. Mais ils insistent également sur leur volonté de « pérenniser un projet pour les sans-abri » sur le modèle des Grands Voisins, un village d'accueil lancé à Paris en 2014.

L’adjointe Marie-Dominique Dreyssé rappelle que la ville « ne peut pas tout faire » et appelle l’Etat à prendre « ses responsabilités ». Selon elle, Strasbourg serait dépassée par l’afflux de nouveaux arrivants. « Il en arrive 400 tous les mois », précise l’élue, qui pointe du doigt la congestion des lieux d’accueils. « Justement, lance un militant, donnez-nous une chance ».

Pour l’instant, Marie-Dominique Dreyssé s’inquiète pour la sécurité des lieux. « C’est pour cela que la ville a porté plainte, explique-t-elle, nous ne voulons pas être tenus pour responsables en cas d’incident ».

*Les prénoms ont été changés, à la demande des personnes.