VIDEO. Alsace: Pourquoi les vins de la région sont-ils encore trop méconnus?

VIGNOBLES Trop sucré, trop lourd, les vins alsaciens? Pourtant, ils ont de sérieux atouts

Nils Wilcke

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Le vignoble dans le village de Riquewihr, dans le Bas-Rhin.
Le vignoble dans le village de Riquewihr, dans le Bas-Rhin. — PATRICK HERTZOG/AFP
  • Longtemps, les vins d'Alsace ont eu mauvaise presse: trop lourds, trop sucrés... 
  • Une mauvaise réputation qui est en train de changer grâce notamment à une nouvelle génération de vignerons. 
  • Les nouvelles habitudes de consommation poussent aussi les vignerons à faire évoluer leur production. 

Ah l’Alsace… Elle attire 15 millions de touristes chaque année dont certains viennent tout spécialement pour déguster ses vins et se promener dans ses vignobles. Pourtant, les vins d’Alsace souffrent d’une mauvaise réputation tenace. Trop sucrés, trop lourds, les crus alsaciens ?

« Pas du tout, c’est une idée reçue », s’exclame Sandrine Goeyvaerts, célèbre caviste et autrice belge qui a publié plusieurs ouvrages sur le sujet. Si j’ai travaillé dans le domaine du vin, c’est grâce à l’Alsace », confie-t-elle à 20 Minutes. Comment expliquer cette mauvaise réputation ? Pour elle, la région souffre encore de « méconnaissance ». « Quand on parle de l’Alsace, les gens ont le gewurztraminer ou le riesling en tête, observe cette experte. Alors que les cépages sont bien plus diversifiés que ces deux-là ».

« Le test du slip »

« La principale caractéristique du vignoble alsacien, ce sont des exploitations de taille modeste mais très différentes les unes des autres, c’est cette diversité qui fait sa force », indique Alain Renou, directeur du syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (SYNVIRA). L’Alsace compte sept cépages dont cinq sont dits « nobles » : le riesling, le muscat, le gewurztraminer, le pinot gris et le pinot noir ; et deux appelés « premiers » : le sylvaner et le pinot blanc.

« Il y a eu aussi un problème de communication. Longtemps, les professionnels ne se sont pas mis en avant », selon la caviste Sandrine Goeyvaerts. Mais la situation évolue ces dernières années, notamment avec une nouvelle génération de vignerons qui a pris le relais. « Ils sont audacieux, ils savent comment visibiliser leur production », poursuit l’experte. Le fameux « test du slip », mené par le vigneron Florian Beck-Hartweg, de Dambach-la-Ville, qui consiste à enterrer des sous-vêtements dans les sols pour en connaître la qualité n’en est que l’un des nombreux exemples.

« C’est plus compliqué de vendre du vin de nos jours »

Le renouveau de la vigne alsacienne est aussi la conséquence d’une évolution des habitudes des consommateurs. « On ne vend plus le vin de la même manière. C’est plus compliqué de vendre du vin de nos jours », avance le syndicaliste Alain Renou. L’Alsace compte encore 3.900 propriétaires de vignes, selon les chiffres du conseil interprofessionnel des vins d’Alsace. Environ 700 d’entre eux sont encore des vignerons indépendants qui ont leurs propres vignes et font leur vin, selon le SYNVIRA.

Autre signe d’un changement de mentalité, la montée en puissance du label biologique. 40 % des exploitations alsaciennes sont certifiées dont 10 % en biodynamique. Une technique qui permet de supprimer tous les produits chimiques de synthèse afin de protéger les vignes et de fertiliser les sols. « L’Alsace possède un vignoble plus "vert" que dans d’autres régions », selon Alain Renou. Le patron des vignerons indépendants d’Alsace met en avant la proximité avec l’Allemagne, à la pointe sur le bio, pour expliquer cette transformation.