Bas-Rhin: Une conseillère à l’égalité femmes-hommes lance une journée pour les droits… des hommes

CONTROVERSE Le lancement d’une « journée de l’homme » par le département du Bas-Rhin est critiqué par des militantes féministes 

Nils Wilcke

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Une bannière durant la manifestation pour les droits des femmes, le 8 mars 2018 à Athènes.
Une bannière durant la manifestation pour les droits des femmes, le 8 mars 2018 à Athènes. — Nikolas Joao Kokovlis/S/SIPA
  • En Alsace, le département du Bas-Rhin a décidé de lancer une « journée de l’homme » le 19 novembre, sur le modèle de celle du 8 mars, consacrée aux inégalités femmes-hommes.
  • « Les inégalités sont présentes des deux côtés », explique à 20 Minutes Alfonsa Alfano, conseillère départementale déléguée en charge des inégalités femmes-hommes.
  • Un « discours typique du masculinisme » qui met sur le même plan des réalités différentes, explique l’historienne du féministe Françoise Picq.

A-t-il besoin d’une « journée des hommes » ? En Alsace, le département du Bas-Rhin a décidé de lancer une journée de ce genre, le 19 novembre, sur le modèle de celle du  8 mars, consacrée aux inégalités femmes-hommes, peut-on lire dans le dernier numéro du magazine de l’institution.

Les hommes du Bas-Rhin seraient-ils en difficulté ? « Ces dernières années, les femmes sont beaucoup mises en avant », explique à 20 Minutes Alfonsa Alfano, conseillère départementale déléguée en charge des inégalités femmes-hommes. L’élue fait notamment référence au contexte post- metoo, ce mouvement parti des Etats-Unis, arrivé en France avec le hashtag #BalanceTonPorc, qui a libéré la parole des femmes.

« Les inégalités sont présentes des deux côtés », affirme la conseillère départementale Alfonsa Alfano dans « Tout le Bas-Rhin »
« Les inégalités sont présentes des deux côtés », affirme la conseillère départementale Alfonsa Alfano dans « Tout le Bas-Rhin » - Capture d'écran « Tout le Bas-Rhin »

« Les inégalités sont présentes des deux côtés »

« J’ai toujours été confrontée à des hommes qui me disent : "Et nous, et nous ?", parce qu’on ne s’occupe pas assez de leurs problèmes », précise Alfonsa Alfano. Peut-on pour autant mettre sur le même plan les inégalités subies par les femmes et celles que les hommes affronteraient ? « Les inégalités sont présentes des deux côtés », affirme la conseillère départementale.

Ce n’est pas l’avis d’une militante féministe alsacienne qui a réagi à cette annonce. « Votre volonté de créer une “journée des hommes” est une volonté scandaleuse d’effacer l’histoire des femmes », affirme-t-elle dans un mail envoyé à l’élue, que nous avons pu lire. « Les Français ne sont victimes d’aucune oppression par les femmes », ajoute-t-elle.

« Un discours à côté des réalités »

Sollicité, le département indique que l'initiative a été lancée en 2018 et précise qu’il s’agit de « poser la question du respect et de l’égalité des droits entre les genres » et de « sortir d’une approche "défensive" pour promouvoir l’équilibre et le dialogue et afin de valoriser l’égalité des droits dans le respect des différences ». L'institution met également en avant l'égalité femmes-hommes » comme un « axe fort » de sa politique en ressources humaines (voir encadré plus bas).

Pourquoi dans ce cas choisir de promouvoir une date aussi controversée? « Les hommes sont aussi battus, les pères sont négligés, notamment lors des affaires de divorces, beaucoup sont privés de leurs enfants ou de leurs droits », selon la conseillère départementale Alfonsa Alfano. « Le 19 novembre, c'est une date qui est tout sauf anodine, explique la militante féministe Stéphanie Lamy, elle est devenue un objet de lutte pour toute la sphère masculiniste, qui se plaint d'un supposé manque d’attention ». 

« C’est un discours complètement à côté de la réalité, renchérit Françoise Picq, historienne du féminisme. C’est typique du discours masculiniste, cette façon de caricaturer le discours des féministes, ajoute-t-elle. Sous prétexte de défendre l’égalité, on met sur le même plan des discriminations érigées en système qui touchent les femmes, une réalité appuyée par des chiffres, et des histoires individuelles qui touchent des hommes mais qui ne sont pas systématiques ».

Une stratégie de rapprochement ?

L’historienne prend à titre d’exemple la question de la garde des enfants, qui, « dans la majorité des cas », n’est « pas revendiquée par les pères ». « Quand la garde n’est pas accordée, c’est qu’il y a une raison, notamment de violences. Sans compter la question des pensions alimentaires non-payées ».

« Nous ne voulons pas parler de lutte mais de rapprochement, l’objectif n’est pas de nous opposer aux hommes », indique encore Alfonsa Alfano, paraphrasant Simone Veil. « Que des féministes aient des stratégies de rapprochement, c’est évident, mais le rapprochement ne signifie pas pour autant qu’il faut penser que les hommes aient besoin d’être protégés », rétorque quant à elle Françoise Picq.

Le conseil départemental du Bas-Rhin, bon élève en matière d'égalité femmes-hommes?

En 2017, le Conseil départemental comptait 2.609 fonctionnaires, dont 1.325 femmes et 1.284 hommes, indique le département. Le taux de féminisation de l'institution s’élève à 62,67%. Qu'en est-il des postes d'encadrement? « Les femmes représentent la moitié des membres du comité de direction générale (...). Sur les 61 chefs de service de la collectivité, 39 sont des femmes », précise le département. Par ailleurs, sur 46 élus départementaux, 23 sont des femmes et il y a une femme par canton.